140 courses et 35 victoires en 14 années de pratiques du sport automobile : pourtant, rien à priori ne prédisposait Robert Mougin à devenir coureur automobile !

Tantôt riche, tantôt ruiné, Robert Mougin a vécu passionnément tout ce qu’il faisait et en particulier la compétition, mais sans jamais pour autant se prendre au sérieux. Ce fut un excellent pilote, en particulier de Monomill, qui marchait au coup de cœur parce qu’il aimait ça.

Né en Haute-Marne en 1919 dans une famille de cultivateurs, ses parents dès 1922 s’installent à Paris dans le quartier de Vaugirard, où ils achètent un commerce en gros. Robert a un frère et l’affaire se développe bien. Il va à l’école juste ce qu’il faut car ce qu’il aime, c’est le sport.

Ce n’est pas tout, il a le gout du risque. Il est physiquement assez fort , tenant cela de son grand-père qui était doté d’une force herculéenne. Robert pouvait soulever un poids de 20 kg au bout de chaque bras jusqu’à l’horizontale ! Il était donc casse cou, une tête brulée. Dès qu’un truc dangereux se présentait : il le faisait ! Pour lui, la vie était une aventure. Marié à 19 ans, divorcé à 20 avec 2 enfants.

Son premier contact avec une automobile remonte à l’adolescence. La nuit, il « emprunte » la Ford V8 paternelle alors qu’il n’a pas son permis de conduire pour se rendre à des rendez-vous galants.
Il devance l’appel et se retrouve au 138ème régiment de Metz, car il est recruté par mesure disciplinaire, n’ayant jamais supporté d’être commandé !
Il se retrouve chauffeur d’un colonel pendant la guerre.

Après la guerre, Robert reprend l’affaire familiale et il la développe au point d’avoir 50 employés et 14 maisons de détail. Il est en effet devenu l’un des plus grands fabricants et distributeurs de saucisson de cheval : ça ne s’invente pas ! Il doit tous les lundis à 5h, acheter une centaine de chevaux. Le rendez-vous professionnel est obligatoire, quel que soit le programme du week-end.
Il fera néanmoins environ 60 courses de Monomill de 1954 à 1962.

L’AVENTURE MONOMILL

Elle ne commence pas très bien ! En effet, lors des premiers essais à Monthléry de cet engin pétaradant pour sélectionner les pilotes, il se fait piéger dans les chicanes des tribunes, car il y a très peu de puissance sous l’accélérateur et se plante dans les bottes de paille. Les réparations sont bien sûr à ses frais. Il est cependant pris par Bonnet, auquel il avait été présenté par son ami Jean Lucas (le fondateur de l’excellente revue « Sport-Auto »).
Les courses entre Monomill se couraient en général sur trois manches. Puis, elles furent organisées avec d’autres marques concurrentes, dont Stanguellini qui s’avérèrent les principales rivales des Monomill.

A Pau, par exemple, la bagarre faisait rage entre les monomills et les voitures italiennes. Robert raconte : « J’étais avec Paul Armagnac entrain de guerroyer et devant nous deux italiens faisaient un bouchon pour nous empêché de passer. J’ai fait un signe à Paul qui a donné un coup dans l’arrière de l’italien et je l’ai dépassé. On a fait le même coup au deuxième et nous sommes arrivés 2ème et 3ème. Les italiens étaient furieux et n’arrêtaient pas de protester. »
« Lucky Mougin », puisque tel est son surnom, est un pilote « gonflé », mais reconnaît volontiers que Louis Cornet prenait encore d’avantages de risques.

Les noms des pilotes de Monomill dont il se souvient le plus sont Storez, Mairesse, Sclesser, Boyer, Dagan, Vinatier et Bartholoni.
Si vous lui dites que les moteurs Panhard préparés par DB sont fragiles, il vous répondra d’une manière catégorique : « Je suis le seul pilote de DB qui n’ait jamais cassé. Je ne dépassais pas les 5.500 tours. J’étais toujours à l’écoute de la mécanique, mais je ne levais jamais le capot. De toute façon, je ne connaissais pas vraiment la mécanique. Pour tirer le meilleur d’un Monomill, il faut conduire en souplesse ! Comme vous ne disposez pas de beaucoup de chevaux, il faut prendre les courbes les plus ouvertes possibles. »

Robert Mougin, va bien sûr conduire de nombreuses DB et principalement aux 24h du Mans où il couru 4 fois.
En 1955, il fait équipe avec Cornet sur la barquette DB n°63. Aux essais, Robert pense avoir fait un bon temps, lorsque René Bonnet lui dit : « vous vous trainiez Mougin, Cornet vous met 17 secondes dans la vue ! »
Louis passait à fond de 4ème à Maison Blanche alors que Robert passait à fond de troisième seulement. Celui-ci se rappelle : « j’ai mis plus de 3 heures pour passer en 4ème : j’avais la trouille ! A chaque tour, je me faisais peur, mais après je réussissais à faire les temps Cornet.
Pourtant, il était d’une adresse incroyable au volant. C’était mon meilleur ami et nous sortions souvent ensemble. C’était un bon vivant. »

Le jour de la course du Mans 55, Robert Mougin qui attendait le premier relais dans les stands, a vu l’accident : « La Mercédès de Levegh a percuté le deuxième petit muret de la rambarde. La Mercédès est partie à gauche et s’est encastrée dans un poteau de brique. Le moteur a été pulvérisé et les morceaux ont été projetés horizontalement jusqu’à 40 m, ce qui a provoqué beaucoup de morts et de blessés parmi les spectateurs. »

Lucky Mougin a pris le volant et malgré l’accident terrible auquel il venait d’assister, il n’a pas perdu une seconde sur son temps normal, ce qui démontre beaucoup de sang froid. Ils se classeront 16ème et 1er de la classe 501 à 750 cm3.

L’année suivante, Louis Cornet achète une superbe Maserati 150 S (1.500 cm3) pour laquelle il s’endette. Lors d’un premier essai à Monthléry, Robert Mougin qui avait reçu de nombreuses recommandations de son ami Louis, se met en travers au virage de la Ferme et heurte le mur avec l’aile avant droite. Ça commençait mal !
Aux 1.000 km de Paris, Louis Cornet n’a jamais pu terminer. Aux 24h du Mans, c’est lui qui prend le départ mais au bout de la 4ème heure, il fait un tête à queue et va embrasser un sapin : c’est terminé avant même que Robert prenne le relais.

En 1958, il pilote avec Jean-Lucien Bonnet la berlinette DB HBR 4 n° 45. Tout se passe bien et il termine 18ème. Mougin s’est fait ses propres repères sur le circuit pour commencer les freinages. Il les retarde de quelques mètres lorsque le réservoir est à moitié vide.

3 ans plus tard en 1961, il mène la berlinette HBR 5 n°52 à la 22ème place avec Jean-Claude Caillaud.
Cependant l’exploit dont il reste le plus fier est celui réalisé en 1960 aux essais.
« 5 DB avaient été engagés par René Bonnet qui avait sélectionné 10 pilotes et je n’étais que le remplaçant. Le meilleur temps réalisé par l’équipe était de 5mn 35 s. Sur les 5 tours que j’ai fait, 3 avaient été chronométrés officiellement en 5mn 2s. Je me suis mis au fond des stands et j’ai attendu. Laureau est venu me voir pour me demander, comment je faisais. Je lui ai répondu que je passais à fond de 4ème au virage de Maison Blanche ! Je suis tout de même resté pilote de réserve : j’étais piqué au vif ! »

LE CHAMPION DES MICROMILL

En 1960, les courses de Monomill se font de plus en plus rares et Robert Mougin songe à arrêter de courir. Mais le destin en a voulu autrement : son excellent ami Jean-Claude Vidille l’a introduit dans le monde du Micromill de John Dixon qui avait monté une entreprise de spectacle avec 15 Micromill, appelés « Midgets » aux Etats-Unis.
Il s’agissait de petites monoplaces à quatre roues de 250 kg qui étaient dotées soir d’un moteur de 1.200 cm3 d’Harley-Davidson, soit d’un 1.400 Indian. La vitesse maxi n’est que de 120 km/h.
Les organisateurs allaient de vile en ville sur des pistes improvisées pour faire en réalité du spectacle.
Les deux professionnels étaient Vidille et Mougin : les autres pilotes étaient engagés sur place. Le lancement eut lieu au Vel d’Hiv avec des pilotes connus comme Da Siva Ramos, Jean Lucas, Harry Schell ou Robert Manzon.

C’est une formule qui enchantait notre aventurier : « Avec Jean-Claude Vidille, on faisait le spectacle et on était toujours en dérapage car il n’y avait pas de différentiel. Un jour à Berlin, j’ai pris une courbe trop vite et j’ai heurté l’échafaudage sur lequel il y avait des journalistes. Tout s’est écroulé ! On rigolait bien. En général, on faisait de l’esbroufe, on jouait les méchants et on se bagarrait vainement dans les 10 derniers tours. Tous nos frais étaient payés et en plus on gagnait 400 F par course : c’était formidable ! »

Souvent les circuits étaient improvisés sur des terrains de foot. A Namur, en Belgique, les deux vedettes se sont fait damner le pion par un pilote du coin qui a « volé » le départ et qui a gagné.

A 200 A L’HEURE !

Mais tout a une fin et après 70 courses, la chance a commencé à lâcher « Lucky Mougin ». La course avait lieu à Alençon, en Normandie. D’un seul coup, le moteur s’est enflammé et le feu a pris dans le pantalon en coton de Robert. Il a sauté de la voiture à 40 km/h et s’est retrouvé à l’hôpital avec la jambe droite gravement brulée. Il décide alors de tout arrêter. Mais deux mois après, il est relancé par Dixon avec insistance pour courir la dernière course. Il refuse, mais pourtant, il se laisse convaincre et prend le départ à Compiègne.
A un moment donné, il part en dérapage et heurte le trottoir. La voiture part en l’air, Mougin est projeté et retombe à plat ventre, la voiture lui retombant sur le dos.. Emmené par les pompiers du coin dans un vieux Type HY, il se retrouve sur la table de la lingerie de l’Hôpital de Compiègne. Il était mal en point et un radio montra une fracture de la colonne vertébrale. Robert se vit alors en fauteuil roulant pour le restant de ses jours ! En réalité, la radio avait été mal interprétée : il n’avait rien !

Robert Mougin, comprit alors qu’il ne fallait plus forcer la chance, ni son destin. Il ne disputera plus que le paisible « Economie Run » un an plus tard.
Mais, s’il a raccroché ses gants pour la course automobile, l’aventure continue pour ce baroudeur !
On le voit faire des spectacles de ski nautique avec deux filles sur les épaules. Il pratiqua la boxe, notamment comme entraineur et il inventa avec Théphentier, l’agent Maserati, un stabilisateur à air pour Dauphine et 403. Enfin, il fut un chef d’entreprise avec des fortunes diverses : comme négociant en plastique, agriculteur, promoteur immobilier et propriétaire d’un chantier naval. Mais là encore la chance l’abandonna.
Mais sa carrière de pilote restera un grand moment d’une vie menée à 200 à l’heure…

Charly RAMPAL