La course automobile a été pour Henri Perrier un rêve merveilleux.

Très jeune, il a été très vite père de 4 enfants et habitait une petite maison au bord de la nationale 7 près de Lyon et plus précisément à Charbonnières les Bains.

Et chaque année, il voyait passer en janvier,, le rallye de Monte-Carlo.
Il voulait rapidement participer à un de ces rallyes qui berçaient son enfance. Et voila que le destin lui lança un signe : son village organisa en 1950 le premier Rallye Lyon-Charbonnières. Le rallye venait frapper à sa porte et il ne pouvait pas refuser. Il s’inscrit donc avec son frère Philippe avec un modeste cabriolet SIMCA qu’il possédait.

Premiers à tous les contrôles horaires, il ratait celui du col de Laffray près de Grenoble et malgré la première place, il fut mis normalement hors course !
Malgré cette déconvenue, ce fut le déclic voyant qu’il n’était pas si mal et Henri décida d’acheter une première voiture dite de sport : une SIMCA 8 Sport qui n’avait de sport que le nom !
Malgré tout, avec sa femme, il obtint quelques bons résultats, mais c’était insuffisant.

Travaillant à l’usine de son père, il réussit à mettre de l’argent de côté pour s’acheter une Porsche 356 d’occasion. Il s’inscrivit à la Coupe des Alpes où il rencontra Marcel Picard qui lui suggéra d’acheter un coach DB !

Ce qui fut dit fut fait et avec la vente de la Porsche il put accéder à ce conseil.. Il s’inscrivit immédiatement aux Mille Miles 1957. Une épreuve qu’il avait réalisée l’année précédente avec son frère sur une Triump TR4.

Pris en main par René Bonnet himself à Brescia, il faisait son premier apprentissage de pilote officiel.
Avec un moral d’enfer, il décida de courir en solo, voulant mener sa course comme il l’entendait. Son principal rival dans la catégorie 750 cc étant JC Vidille qui partait derrière lui.

Pensant toujours le voir arriver dans ses rétroviseurs, il n’en fut rien et il fonça plus fort encore.
Arrivé à Rome, il demanda de ses nouvelles : il semblait loin derrière mais, il n’en cru rien d’autant que Vidille avait une voiture usine sensée être plus rapide !
Puis ce fut une ovation « El primero, El priméro ! », étouffé par la foule, n’ayant même pas eu le temps de faire ses besoins, il repartait en tête de sa catégorie encouragé par Roberto Rossilini.

Peut-être trop confiant et heureux de prendre 20 mn à Jean Claude dans le col de « La Futta », il fit un surrégime fatal en rétrogradant, juste avant d’arriver à Bologne !
C’était la fin d’un beau rêve et la consternation.
Son frère qui était venu le soutenir dut le ramener à la ficelle jusqu’à Lyon chez Picard.

Mais tout n’était pas perdu, puisque René Bonnet lui demanda de bien vouloir être un de ses pilotes pour les 24h du Mans 1957.

Grande joie bien sûr, mais aussi grande peur ! La grande semaine du Mans débutait le mercredi pour les essais et les formalités habituelles dont la visite médicale qu’il passait avec … Fangio qui l’encouragea de ses paroles : Henri avait 30 ans !

Une anecdote humoristique. Lors de ces 24h, il faisait équipe avec « Petit Louis » Cornet qui était de petite taille : d’où son surnom.
Il arrivait au nombril d’Henri Perrier qui lui mesurait 1m87, au grand dam de René Bonnet qui ne voulait pas toucher à la carrosserie et qui lança : « qu’ils se débrouillent ! ».

Ce qui eut pour conséquence l’utilisation de talonnettes aux chaussures de Louis Cornet plus un coussin dans le dos (celui qu’Henri avait dans son coach pour ses enfants) et pour Perrier l’obligation de baisser la tête du côté gauche pour éviter les prises d’air dans les lignes droites au risque de perdre 200 tours notamment dans le ligne droite des Hunaudières !

Evidemment, cela changeait totalement la vision au moment d’aborder les virages, car Henri devait redresser la tête comme un pantin sortant de sa boite pour avoir l’angle idéal pour prendre le virage…

C’était une vraie gymnastique avec un torticolis en point de mire. Talonné par Lotus en 750 cc, la tension montait dans le stand DB et les fautes de direction ont commencé.
Au bout des Hunaudières, il y avait un type qui devait indiquer les instructions sur la vitesse en faisant un signal : un « + » ou un « – » écrit sur un panneau en bois suite aux ordres qu’il recevait du stand.

Mais les signaux étaient toujours « + » ! Résultat, Armagnac qui faisait équipe avec Laureau sort de la piste à Maison Blanche et Schlesser sort au Tertre Rouge… Quant à Perrier, voyant toujours le signal « + », pensant que le stand était devenu fou et qu’il était impossible de suivre ces consignes sans sortir de la route !

Personne ne savait, mais le préposé au panneautage s’était endormi : il était quand même 2h du matin !

Henri Perrier prend alors la parti de ne pas aller plus vite et en passant devant les stands il mettait l’index sur sa tempe pour leur faire comprendre qu’ils étaient devenus fous ! Ce à quoi René Bonnet dit à Mme Perrier : « Mais qu’a donc votre mari ? ». C’était l’incompréhension totale.

Mais ce n’était pas fini pour Perrier. Au cours de cette même nuit. Après le Tertre Rouge et avant d’amorcer la ligne droite des Hunaudières, deux corps en combinaison blanche tombent du ciel juste devant ses roues !!!

Il s’agissait de Brooks sur Aston et de Magnoli sur Porsche qui s’étaient heurtés. L’un se jetant à droite de la piste et l’autre à gauche.

En quelques secondes Perrier prit la décision de zigzaguer au milieu d’eux au lieu de freiner (ce qu’aurait fait le commun des mortels), tout en accélérant.

Au bout de la ligne droite des Hunaudières, les jambes de Perrier se mirent à trembler pendant de longues minutes jusqu’à ce que Bonnet lui ordonne de s’arrêter.
Au stand, on lui indiqua qu’il ne restait plus que la DB n°49 en course, c’est-à-dire la sienne. Tremblant encore, Perrier dit à René Bonnet : « J’ai du les écraser, c’est horrible ! ». Bonnet lui donna alors deux paires de gifles et lui dit : « Remonte ! ».
Perrier reprit tant bien que mal le volant, mais il lui a fallu du temps pour retrouver la cadence des 5’54 au tour !

Il terminera quand même ces 24h du Mans 3ème à l’indice deavant Chancel et la Jaguar de Flockart.

Henri Perrier terminera 3ème du championnat de France cette année 1957… où il couru en rallye avec Justamond comme lors du Tour de France.

Et Lyon-Charbonnières : le Rallye de ses débuts.

Perrier continuera encore à faire d’autres rallyes sur le coach comme en 1958 en Italie aux Mille Miles avec Rambeaux.

En 1959, il court les 12h de Sebring avec Wood et ils terminent 37ème.

Charly RAMPAL