En 1936, dans l’édition du 23 mai du magazine « L’Illustration » (et sans doute ailleurs), un superbe dessin d’Alexis Kow montre la voiture sur une pleine page sous le titre Panhard vous présente sa Dynamic – la voiture nouvelle – et vous invite à la juger vous-même.

Dans les semaines qui suivent. une publicité présentée sous forme d’article de presse donne en abondance des renseignements sur le nouveau modèle.

Celui-ci parait dans différents magazines, notamment « L’illustration » du 27 juin :  son titre annonce la couleur : « ERE NOUVELLE EN AUTOMOBILE » est à lui seul évocateur d’un changement de génération.

L’introduction de cet article annonce la couleur : « Ce n’est pas une nouvelle voiture. C’est la voiture nouvelle. Une étape de la construction. De l’inédit.

Les ténors de la critique ont accueilli son avènement avec une démonstrative faveur.

D’où vient cet événement en mécanique ? Il nous vient de la maison doyenne. D’une firme dont la renommée repose sur sa passion comme de la constante recherche du mieux à la poursuite du meilleur.

En un mot, de Panhard qui. à l’occasion du cinquantenaire de sa fondation. pour ses noces d’or industrielles, a la coquetterie de sortir une création étonnante, quelque chose comme le premier né d’une race, la « Dynamic ».

Le ton est donné et de poursuivre :

Le point de départ, la directive de création peuvent se résumer dans cette formule, « Donner à six voyageurs un confort égal pour tous et d’une qualité réellement inconnue à ce jour »

Idée heureuse et charitable entre toutes. La disparition du parent pauvre au banquet de la route !

Idée heureuse mais redoutable, car elle posait deux des plus âpres problèmes qui ont fait jusqu’à présent pâlir les ingénieurs de l’automobile, à savoir : l’alliance de la grande capacité intérieure et du maintien de la légèreté des lignes extérieures ; la combinaison de l’extrême douceur de la suspension avec la rigueur de la tenue de route.

Il ne s’agissait guère au demeurant que de concilier des inconciliables. Il s’est trouvé que Panhard y a magistralement réussi. »

CARROSSERIE AÉRODYNAMIQUE, OUI, MAIS ETRANGE QUAND MEME

Si on fait abstraction de la littérature publicitaire,  ce texte instructif donne malgré tout les lignes directrices du cahier des charges et révèle une philosophie de conception bien réelle : car elle annonce les modèles des décennies à venir !

En effet, sur le plan de la conception, cette Dynamic, est absolument innovante, exception faite de l’ensemble moteur-boite, hérité de la série S.

La première chose que l’on découvre c’est cette carrosserie, que l’on peut considérer comme une monocoque : entièrement métallique (y compris le toit), elle est soudée électriquement aux longerons du châssis et isolée des organes mécaniques par des sphères en caoutchouc de gros diamètre, ce qui élimine les bruits parasites.

Mais ce sont évidemment ses lignes qui interpellent et,  dans tous les cas. l’observateur ne sera pas déçu, tant elles sont déroutantes voire excentriques.

Connaissant la clientèle de la marque souvent composée de notables, d’hommes d’affaires et même de dignitaires ecclésiastiques, cette carrosserie est audacieuse, en dehors des normes de cette époque.

Jean Panhard lui-même, qui n’avait pourtant que vingt-trois ans au moment du lancement de la Dynamic et n’a pas été associé aux décisions, il nous avait confié lors d’un Rétromobile qu’il était horrifié lorsqu’il la vit : il la trouvait vraiment affreuse !

Pourtant, on ne pouvait pas faire abstraction d’une recherche aérodynamique qui répondait aux préoccupations du moment, et, comme pour tout ce qui est conçu par Louis Bionier, il ne s’agissait pas là d’un effet de mode, mais plus certainement du résultat d’une réflexion approfondie en matière de coefficient de pénétration dans l’air, avec les moyens du bord de l’époque, basé sur l’IN (Intelligence Naturelle).

« Formes aérodynamiques logiques sans exagération (quoique !) » : avec ses ailes boursouflées renforcées par les décorations chromées : les flammes des flancs de capot, les grilles des phares qui rappellent la calandre, notamment, mais aussi les entourages de vitre abondamment chromés et les deux petites vitres placées de part et d’autre du pare-brise, héritées des Panoramiques.

La face arrière, de son côté, évoque un peu celle de la populaire Citroën Traction Avant, avec l’énorme roue de secours encastrée dans son logement circulaire métallique.

On note aussi qu’à l’inverse de la voiture du quai de Javel, la Dynamic conserve de proéminents marchepieds, sans doute nécessaires pour pouvoir accéder facilement à l’habitacle.

Comme le précise la note aux agents : « Points bas très élevés au-dessus du sol malgré l’apparence surbaissée de la voiture. »

La conception de la carrosserie fait l’objet d’au moins deux brevets : le n° 817949 du 7 juin 1937 concerne l’isolation de la carrosserie par rapport aux vibrations, ainsi résumé :« L’agencement d’un véhicule automobile suivant l’invention disposés des organes souples servant à empêcher la transmission des vibrations du moteur et de la transmission à la carrosserie ;tous les organes de manœuvre sont montés sur le moteur ; la combinaison sur une même voiture des dispositifs de direction et de suspension décrits ou équivalents ».

Le second brevet (n° 805017 du 17 août 1936) concerne l’adaptation des joues d’ailes (flasques) et leur fixation :« Mode d’exécution suivant lequel les ailes, au contour quelconque aérodynamique et esthétique, présentent, le long de leurs bords extérieurs, une rainure dans laquelle se fixent les flasques dont les bords inférieurs sont pourvus, de place en place, d’ergots sur lesquels s’accrochent les extrémités de ressorts rigides dont tes extrémités opposées sont fixées sous l’aile. Les flasques sont découpés de façon que leurs bords supérieurs suivent exactement les contours extérieurs de l’aile et que leurs bords inférieurs soient à une distante suffisante au-dessus du sol pour qu’on puisse retirer les roues par exempte, sans démonter les flasques les flasques sont suffisamment éloignés des roues directrices pour en permettre le braquage complet ». La voiture impressionne aussi par ses dimensions, en particulier sa largeur, conséquence volontaire d’installer deux banquettes de 1,55m, afin d’accueillir chacune trois personnes installées confortablement «sans se gêner mutuellement » selon l’article publicitaire, qui ajoute« Cette dimension. jamais atteinte jusqu’à ce jour pour des raisons d’esthétique, Panhard a pu l’adopter grâce à sa solution panoramique, laquelle oppose aux massifs pieds de caisse classiques encadrant lourdement le pare-brise, des glaces d’angle arrondies. serties dans d’étroits montants d’acier. De ce fait, la largeur de l’ensemble se trouve optiquement diminuée de celle des deux glaces, et l’avant conserve toute sa légèreté ».

Auquel s’ajoute un commentaire qui est probablement le plus étrange : « Puis on a disposé la banquette arrière très en avant du pont selon les règles essentielles d’une bonne suspension et l’on a placé le volant au centre. Le volant au centre. résolument ! Par humour ? Pour mettre une bonne fois d’accord. par une moyenne mesure, « gauchistes » et « droitistes » ? Plus simplement par raison et par logique ».

Ce choix est justifié par les considérations émises par deux journalistes réputés et amis de la maison :  Charles Faroux : «une  révolution que prêchait depuis toujours le bon sens, qui évite qu’une voiture soit qu’une voiture soit « déséquilibrée » quand le conducteur est seul à bord » ou l’argument de Maurice Philippe démontrant qu’« avec la direction au centre, le conducteur se sent en pleine sécurité par un champ parfait de visibilité dont il occupe le centre, et il éprouve cette sensation particulière : diriger vraiment la voiture en étant placé dans son axe au lieu de la mener, soit de la droite, soit de la gauche, « tout de travers »?

Techniquement, le mécanisme de direction y trouve sans doute son compte, avec la disparition de la barre d’accouplement chaque roue étant commandée individuellement.

Le boitier de la direction (qui, en réalité, est située très légèrement à droite) est fixé sur le carter d’embrayage, deux « cornes de bœuf » assurant l’orientation des roues.

Dans les faits. cette disposition peut sembler séduisante, mais. une fois l’effet de curiosité dépassé, les inconvénients reviennent vite au galop : l’accessibilité compliquée, une visibilité latérale moins optimale qu’annoncé, la difficulté de perce voir les limites de l’automobile ou de voir si la route est dégagée pour dépasser en toute sécurité.

Caractéristiques techniques

C’est un mélange d’inédit et de bien connu, comme les deux moteurs six cylindres proposés : le 2.516 cm3 (72 x 103 mm) développant 65 ch sur le type «130 » et le 2.861 cm’ (75 x 108 mm) de 80 ch sur le type « 140 » : le 14 CV est déjà monté sur la dernière version de la 6CS (X72) et le 16 CV sur la CS Spécial (X73) ; leur bloc-cylindres est toutefois redessiné pour augmenter le volume d’eau autour des cylindres, et les nouvelles culasses en alliage d’aluminium favorisent un meilleur échange thermique, tout en proposant un rapport volumétrique plus élevé.

La pompe à eau montée sur une boite à eau en tôle coiffant les culasses remplace le thermosiphon, et le système est sécurisé par le montage d’un thermostat.

Le vilebrequin a droit à un nouveau traitement thermique, tandis que les bielles sont revêtues de bronze au plomb sur la partie supérieure pour limiter le risque de couler une bielle par écrasement du régule.

Les carburateurs sont deux Panhard.

Pour le reste, on retrouve l’embrayage fonctionnant dans l’huile et son servo-débrayage à dépression ; la boite à quatre vitesses silencieuses (renforcée) et son dispositif de roue libre ; les freins à tambour à un seul segment mais comportant une commande hydraulique à deux pompes (une à l’avant et une à l’arrière) ; les suspensions avant et arrière par barres de tonton combinées aux amortisseurs hydrauliques; le pont arrière à vis sans fin (sans proéminence dans le plancher) ; les roues ajourées très légères qui sont des jantes fixées à la périphérie du tambour qui facilite le changement de roue grâce à un cric facile à mettre en place et à manœuvrer ; les serrures Djinn à percuteur inspirées du fusil de chasse qui permettent de fermer efficacement les portes sans avoir à les claquer, etc.

À noter aussi la présentation originale du tableau de bord avec, à gauche, le boîtier des instruments de contrôle de forme pentagonale et, à droite, une boîte à gants de forme identique.

Comme je vous l’ai expliqué dans mon article « La Dynamic : Comment ça marche !), l’entretien d’une Dynamic est simplifié, notamment par une diminution importante des points de graissage et la conception intelligente du train moteur (avec la boite, la suspension et la direction) qui se désolidarise en un seul bloc, ce qui permet de faciliter les interventions (le principe sera conservé plus tard sur les Dyna).

Cinq carrosseries sur trois empattements différents et toutes livrables avec les deux moteurs sont prévues au moment du lancement :

— le faux cabriolet  «  Junior » (deux portes, deux glaces, empattement de 2,60 m) ;

— le faux cabriolet « Major « (deux portes, deux glaces, empattement de 180 ;

— le coach « Major » (deux portes, quatre glaces, empattement de 2.80 m) ;

— le cabriolet « décapotable » (deux portes, deux glaces, empattement de 2,80 m

— la conduite intérieure « berline » (quatre portes, quatre glaces, empattement de 3 m).

La berline est livrable sur demande avec une glace de séparation coulissante. Bien sûr, le lancement de cette voiture n’est pas improvisé. L’annonce publicitaire s’en fait l’écho : « Chez Panhard, tout est réfléchi, pesé, mesuré, éprouvé. La Dynamic se présente au public avec une homologation de 800.000 kilomètres d’essais préalables.

Pendant dix-huit mois, on aurait pu voir chaque soir les prototypes s’élancer des ateliers de l’avenue d’Ivry pour affronter la route, lui arracher ses enseignements, subir les surprises de tous ses terrains, en rapporter aux bureaux et aux laboratoires pour leurs travaux de jour des observations, des calculs, des indications essentielles ou de profitables suggestions.

Le laboratoire et le bureau d’études, le jour. La route, la nuit.

Seul est probant l’essai sur la route. C’est sur la route seule, non sur l’auto-drome, que tous les organes jouent.

La Dynamic n’arrive donc pas au monde à l’âge des premiers pas et du balbutiement, mais, comme Minerve, adulte, aguerrie, tout armée – matérialisation élégante et caractéristique de ce brillant dynamisme de notre époque qui est la source de tant de progrès».

 La présentation et les premiers essais ont lieu le 15 mai 1936 ; le jour même, lors de la séance du Conseil qui se tient, comme souvent, au magasin Panhard des Champs-Élysées, Paul Panhard déclare :« Les nouveaux modèles de voitures ont été présentés à la clientèle et semblent donner satisfaction. L’outillage nécessaire à la construction de ces voitures est terminé et la construction en série va pouvoir être envisagée. »

Charly RAMPAL   d’après les articles de Presse de l’époque et « L’illustration » principalement, les photos et archives P.L. que m’avait passées Bernard Vermeylen, enfin les notices et publicités P.L. liées à ce modèle.