Bernard Consten est né le 5 avril 1932 à Courbevoie où son père était garagiste.
Une enfance sans histoires.

De bonnes études, à peine distraites par la curiosité très marquée pour les automobiles. Curiosité stimulée par le garage familial bien sûr, mais aussi et surtout par la passion du cousin Jeannot (Jean Hébert), lequel à 16 ans, est déjà un as de la mécanique mais n’en fera pas son métier.

Il suit les cours d’une école de commerce : HEC, cousin Hébert sera ingénieur, Bernard, quant à lui, fera des affaires : chacun sa voie !

En 1952, ils ont 20 ans.

La guerre est terminée depuis 6 ans. Le Général Eisenhower va bientôt être élu Président des Etats-Unis. Staline n’a plus qu’un an à vivre… Autour d’un rond-point du kiosque à Orly, Beltoise qui vient d’avoir 14 ans, taquine sa première mobylette !

Bernard Consten lui, roule en 4cv, mais pas question de courir : c’est beaucoup trop dangereux ! Ses parents ne veulent pas en entendre parler : « laissons cela à ce galopin de cousin Hébert ! »
Pourtant, au début de l’année, Bernard, dissimulé sous un pseudonyme, a participé à la première course de sa vie : le circuit de Bressuire.

Les circuits dans la ville sont fréquents à cette époque où l’on n’était pas encore très à cheval sur la sécurité : Orléans, Angoulème, Bordeaux, Cadours, Cahors, Cognac … Les angles vifs des trottoirs font office de bottes de paille, mais qu’importe puisqu’on rigole !

C’est l’époque bénite avant l’accident du Mans où tout semblait possible en sport automobile.
Tout était moins professionnel, les pilotes venaient pour s’amuser, le public aussi. C’était du sport, du vrai sport plaisir.

Pour cette première course Bernard est avant dernier : un concurrent ayant crevé. Ni sa voiture (la 4cv) ni lui n’étaient dans le coup. Estimant qu’il lui faut d’abord apprendre. Il devient, toujours en cachette de sa famille, le coéquipier attitré d’Hébert, lequel possède déjà une bonne expérience en rallyes.

C’est ainsi que, durant les cours de HEC, un élève a toujours une carte d’Etat-major déployée sur le pupitre : l’élève Bernard Consten cherche des raccourcis pour le prochain rallye.

LES ANNEES PANHARD

Pour ses 20 ans, Bernard – jeunesse dorée – reçoit une Panhard sous la forme d’une Dyna Junior ! Dès lors, il se partage entre le pilotage de sa Panhard et le co-pilotage d’Hébert : il apprend !

Deux ans plus tard, en 1954, la Panhard est remplacée par une Triumph TR2, laquelle est aussitôt engagée au Tour de France, Bernard partage le volant avec Claude Leguezec. Sans avoir reconnu, ils partent, capote baissée et radio plein pot. On ne connaissait pas les arceaux de sécurité, les coupe-circuits, les combinaisons et il n’y avait pas d’assistance. Ils se classent tout de même 5ème des « Sport » catégorie remportée par Estager sur une Masérati 2 litres, devant Olivier Gendebien.

En novembre 1954, Bernard est appelé sous les drapeaux.

Trente mois ! Mendès France a mis fin à la guerre d’Indochine et Bernard échappe à l’Asie, ce qui lui permet de ne pas perdre le contact avec l’automobile.

En 1955, à l’occasion de permissions, il participe à deux grandes épreuves : Monte-Carlo (abandon) et Liège-Rome-Liège sur une Panhard Z. Il a du faire une bonne course car le champion Helmuth Polensky est venu le féliciter à l’arrivée.

Monte-Carlo et le Marathon sont ses deux seules participations cette année là.

D’ailleurs, le sport automobile français est en quarantaine : au Mans, la Mercèdes de Pierre Levegh et rentrée dans la foule, causant la mort de 81 personnes.

En 1956, c’est l’affaire de Suez : les restrictions d’essence n’arrangent pas les choses !
Cette même année, Bernard Consten refait également l’épreuve qui lui tient à cœur : Liège-Rome-Liège, cette fois au volant d’une Triumph TR2. Il est 3ème au général lorsqu’une légère sortie de route lui fait perdre de précieuses secondes. Il termine néanmoins 10ème, mais célèbre !

Cette année là, cousin Hébert se dissipe : on le voit dans un certain nombre de petits rallyes, accompagné d’une demoiselle aux seins arrogants.

Peut-être à cause de son foulard, peut-être à cause de ses lunettes, la demoiselle manque de ce petit quelque chose qui rend désirable les femmes. Mais dès qu’elle prend le volant, pardon ! Elle décoiffe avant l’heure, Messieurs rangez-vous !

Les commissaires n’en reviennent pas : cette môme « guide » drôlement bien, pour une gamine ; quel punch !

Aux questions qu’on lui pose, elle répond par un sourire, à croire qu’on lui a coupé la langue…

Qui eut pensé qu’il s’agissait tout simplement du sous-lieutenant Bernard Consten travesti pour échapper aux autorités militaires, peu enclins à laisser leurs oies risquer leur vie pendant les permissions !!!

Voici les impressions de route des deux concurrents :
Jean Hébert : « Ce fut mon plus dur rallye. J’ai faillis étouffer de rire à plusieurs reprises et des spectateurs me prirent à parti parce que Bernard changeait une roue crevée : « comment, vous n’avez pas honte de laisser faire ce travail à une femme ? » me reprochaient-ils avec véhémence… »

Bernard Consten : « je fus très gêné par les bretelles du soutien gorge pour prendre les virages. »

Fort heureusement tout a une fin, même le service militaire.

En avril 1957, Bernard est enfin libéré.
La guerre d’Algérie bât son plein.

De Gaulle va bientôt remplacer Coty, Fangio vole vers un 5ème titre mondial, tandis qu’au Mans, Jaguar remporte une 5ème victoire.

Six ans ont passé depuis la toute première course de Consten à Bressuire. Il s’est fait un petit nom. Il a 25 ans. Son père est mort, sa mère et ses frères ont vendu le garage et importent maintenant des appareils de radio et de télévision.

Bernard va leur prêter main forte, mais si les affaires sont les affaires, il faut également songer à la course.

En mars 1958, ils seront vainqueurs au Rallye du Nord avec seulement 3mn de pénalités sur 1.000 km de route !

Plus question des petites Panhard, il faut passer au-dessus avec de vraies voitures de course. Il se décide pour une Alfa Roméo Sprint Veloce 1300.

La suite nous intéresse moins, puisque les Panhard ne sont plus représentées. Sa carrière sera remarquable avec, surtout, 5 victoires au Tour de France sur Jaguar.

Il participe souvent aux 24H du Mans et ses succès ne se comptent plus, comme en cette année 1959 où il est appelé par René Bonnet pour conduire la barquette DB n°45 (Châssis n°988). Associé à Paul Armagnac, il termine 11ème au général, 4ème à l’indice et premier à l’indice énergétique en ne consommant que 11 litres aux 100 ! Il a conduit pendant la nuit, mais à l’arrivée, il est frais comme une rose !

Avril 1968, Bernard Consten à 35 ans, il est Trésorier de la FFSA, laquelle a été réveillée de sa longue léthargie par le pittoresque Président : Claude Boutillot.

Celui-ci, en dépit de ses outrances verbales, a donné un style nouveau à la vieille Maison.

C’est un homme dynamique et intelligent apprécié des pilotes. Mais son style « carré » s’accommode mal d’une fonction où l’habitude consiste plutôt à « arrondir les angles » !

Bientôt c’est la crise, de nouvelles élections…

Bernard Consten se présente face à un candidat de la dernière heure : Jo Schlesser !
Par 436 voix contre 203, Consten l’emporte..

Il ne se représentera pas aux prochaines élections : « La contestation permanente est fatigante à la fin, dit-il, je préfère le bateau avec ma famille plutôt que de continuer à lutter bénévolement à la tête de la FFSA, je me suis mis dans un mauvais coup.. »

Au 8ème étage d’un luxueux immeuble de Neuilly, Bernard Consten a bien mérité du Sport Automobile commencé une fois encore sur Panhard…

Charly RAMPAL