Pour ceux qui ont la nostalgie des aventureuses courses de ville à ville de l’époque héroïque de l’automobile, les Mille Miglia, qui mènent de Brescia à Rome et retour en une immense boucle de 1.600 km à travers l’Italie, est la plus belle course du monde.

Les champions habitués à piloter en circuit fermé, par contre, ont tendance à considérer comme excessifs les risques que comporte la conduite d’une voiture capable de près de 300 km/h sur des routes qui, de toute évidence, ne peuvent être aussi efficacement gardées qu’un circuit de quelques kilomètres de développement et qui d’ailleurs, officiellement, ne sont pas gardés du tout !

La vérité est qu’en tout état de cause, les voitures de sport du début des années cinquante, plus rapides que les voitures de Grand Prix, ont dépassé les limites de la puissance efficacement utilisable et ces Mille Miglia vont en fournir eux-mêmes la preuve éclatante.

En cette édition de 1954, les deux principaux adversaires, en effet, étaient Lancia, le challenger, et Ferrari, invaincu dans la course depuis six ans.
Le premier alignait quatre voitures de 3,3 litres de cylindrée, des 6 cylindres en V de 240 cv environ et pesant seulement 850 kg.
Le second comptait résister à ses attaques avec de nouvelles voitures à train arrière De Dion, des 4,5 et 5 litres à 12 cylindres, développant respectivement 340 et 360 cv et pesant entre 1.000 et 1.100 kg.
On savait que ces voitures seraient moins maniables que les Lancia dans les parties sinueuses du parcours, mais leur constructeur espérait qu’elles prendraient une avance suffisante dans les parties de plaine pour pouvoir vaincre.

Pour gagner du poids, les pilotes de Lancia décidèrent de profiter d’une nouvelle clause du règlement leur permettant de ne pas emmener de mécanicien à bord, mais des pilotes Ferrari, seul Maglioli partira seul.

Il est évident qu’en mettant ses atouts dans des voitures de quelque 350 cv, Ferrai avait joué la carte « beau temps ».

Par temps de pluie en effet, des voitures d’une telle puissance deviennent terriblement délicates à conduire.

C’était là, prendre un gros risque et, effectivement, les routes furent maintenues humides par des pluies intermittentes pendant plus de la moitié de la course.

De fait, les accidents de Farina et de Maglioli,, les avaries de Paolo Marzotto, tous sur Ferrari de 4 à 5 litres, laissèrent le champ libre à la Lancia d’Ascari. Ce dernier avait ainsi course gagnée, démontrant une fois de plus la supériorité de la voiture de cylindrée et de puissance moyennes dans des conditions d’utilisation variées.

Toutes les voitures de forte cylindrée étant hors course, la lutte pour la seconde place se centrera sur la Ferrari 2 litres 4 cylindres de Vittorio Marzotto et la Masérati 2 litres du jeune pilote romain Musso. Ce dernier n’échoua que de 9 secondes après une course de 1.600 km !

LES RENAULT ET LES PANHARD, ETONNANTES

Mais avant l’arrivée d’Ascari, des performances également remarquables avaient été établies par des voitures de faible cylindrée, parties de Brescia avant les grosses.

On n’attendait cependant pas les premières arrivées avant 14 heures, mais c’est à 13 heures déjà que la première voiture franchit la ligne à damiers noir tracée sur le sol : c’était la 4cv Renault 1063 de Rédélé / Pons qui, terminant à 106 de moyenne, remporte avec brio la catégorie pour voitures de Tourisme spéciales jusqu’à 750cc, devant six autres voitures similaires qui firent une remarquable démonstration s’ensemble, tant en vitesse qu’en endurance, une seule des quatre voitures « officielles » n’ayant pas terminée.

Dans la catégorie Sport correspondante, Faure et Storez se classèrent devant tout le monde avec leur tank DB-Panhard, sauvant l’honneur de la catégorie et complétant la boucle en 1mn et quart de moins que la 4cv.

Derrière on note la belle prestation de l’équipage Stempert / Schwartz au volant de la Panhard-Barboni en 15h 53’ 15’’

Ils précédaient la Panhard de Gagneux / Beaule. Puis en 5ème position une autre DB-Panhard, celle de Braisi / Bret.

Notons les abandons de la barquette DB-Panhard n° 2318 de Cornet / Gignoux suite à un accident,

Mais aussi celle de Picart / Renaud n° 2303 sur problème mécanique,

Comme il fallait s’y attendre en Tourisme spécial jusqu’à 1.300 cc, les Fiat 1100 avaient l’avantage du nombre, mais toutes engagées par des particuliers. Seule une Peugeot termine à une belle 5ème place, terminant en tête de tout le contingent français à un peu plus de 106 de moyenne.

Heureux présage pour les 24 Heures du Mans, la nouvelle Porsche dont c’était la première sortie, domina entre les mains de Herrmann, la catégorie Sport 1.500cc et triomphant assez facilement de l’OSCA de Cabianca et terminant à la 6ème place du général.

INSOLITE

La performance la plus étonnante de toutes cependant a peut-être été réalisée par les Auto-Scooters ISO, propulsés par un petit moteur 240cc, à 2 temps, qui ont non seulement réussi une excellente performance d’ensemble, mais dont une termine l’épreuve à 72 km/h de moyenne générale, ce qui lui vaut la première place à l’indice de performance, dont la formule, il faut bien le dire, était nettement favorable aux très petites cylindrées.

La coupe des dames, enfin, fut remportée par l’équipe Franco-Belge, composée de Gilberte Thirion et Annie Bousquet, qui menèrent leur 100 Gordini à une excellente 5ème place, handicapée par leur cylindrée en catégorie Sport 1500 cc.

INEVITABLE TRAGEDIE

La course fut malheureusement endeuillée par des accidents au cours desquels 3 spectateurs et deux coureurs, dont le français Pouchol, furent tués.

Déjà à cette époque, on s’inquiétait de l’avenir de l’épreuve devenue très dangereuse et difficile à maîtriser. Pourtant les Mille Miglia avait un caractère unique en Europe, qui déjà, à la suite d’un grave accident, faillit être interdite à tout jamais, car il est très difficile aux organisateurs d’écarter les tifosi des endroits particulièrement dangereux où ils se réunissent le plus souvent.

LES CLASSEMENTS

Charly RAMPAL