Gérard Laureau nous a quitté en décembre 2002 suite à une grave maladie.
Pendant les années DB, il a été un des pilotes emblématiques de la marque de Champigny.

Très attaché au sport automobile et à ces 2 lettres D et B écrites en bleu, blanc et rouge, il nous faisait l’amitié de répondre à l’invitation de l’Amicale DB à Rétromobile, même si l’ambiance de la Capitale n’était pas celle de son jardin.

Mais par chaleur humaine et par plaisir de retrouver quelques amis, il acceptait de rejoindre le cercle des anciens pilotes.

Car Gérard Laureau reste un homme de la nature et plus particulièrement de l’eau. Puisatier de père en fils, Gérard ne pouvait échapper à cette tradition familiale longue de 5 générations !

En contact avec des pilotes chez qui il allait creuser des puits, comme Raymond Sommer, c’est à travers ces relations qu’il allait peu à peu pousser la porte du sport automobile.

Passionné de courses sur circuit, il accompagnait quelques amis pilotes. A cette époque, pour embrasser cette discipline, il suffisait d’avoir les moyens de s’offrir une voiture de sport et de s’inscrire à quelques épreuves. Cela s’appelait « les gentlemen drivers ».

C’est ainsi que l’occasion lui est donnée de remplacer au pied levé son ami Camille Simonot qui s’était inscrit aux 12H de Hyères sur sa Jaguar XK120.

Sous une pluie diluvienne, Gérard Laureau fit preuve d’un grand talent et termine la course sans faire une erreur : il venait d’avoir 32 ans !

Cet acte amical (il apprendra plus tard que cela avait été fait exprès) lui permit de mettre le pied à l’étrier. C’était l’époque des valeurs humaines et Gérard carburera toujours à l’amitié.

Il fera encore quelques courses sur cette Jaguar qui n’était pas un monstre de tenue de route. Il en subira les conséquences en faisant un tonneau au Tour de France 1953. Blessé aux doigts, il sera hospitalisé pour un acte chirurgical.

En 1954, il prendra sa revanche sur le circuit des Sables-d’Olonnes en se classant second.

C’est encore la chance qui le fera rentrer chez DB.

En effet, sur ce même circuit des Sables-d’Olonnes, il fait la connaissance de Georges Trouis qui vient d’acheter une barquette DB.

A la recherche d’un coéquipier, Gérard accepta et il se rend au Tourist Trophy en Irlande. Nous sommes toujours en 1954.

Il a la chance de voyager avec l’équipe DB qui s’y rend aussi, et là, il se prend d’amitié avec Paul Armagnac.

Georges Trouis parti par bateau, restera bloqué en Angleterre à cause d’une tempête.
Le voilà à pied, sans voiture sur cette terre irlandaise.

Tempête en mer, mais tempête aussi dans le cœur de Claude Storez (alors pilote DB) et sa petite amie restée en France.
René Bonnet en a marre de ces agissements et de ses états d’âme et renvoie Claude en France !

Le remplaçant sera tout trouvé par Paul Armagnac qui impose de force au boss, Gérard Laureau.
Après quelques tours aux essais, 18 au plus, Gérard commence à prendre en main la DB.

Le soir à l’hôtel, Paul Armagnac lui dessina le circuit en lui indiquant les principaux pièges.
Le lendemain, jour de la course, René Bonnet indique la stratégie pour cet équipage bâtie dans l’urgence : Paul Armagnac prendrait le départ, ferait la moitié de la course, soit 500 km, s’arrêterait pendant 2 ou 3 tours pour récupérer et finirait jusqu’à l’arrivée.

A mi-course donc, Gérard Laureau saute dans le baquet de Paul, avec la volonté de ne pas casser la voiture qui marchait très bien et d’en profiter pour apprendre à piloter.

Un tour, deux tours un peu crispé et au troisième tour, il se met à pleuvoir, comme il pleut en Irlande. Encore un signe du destin pour Gérard qui adore l’eau. Il ne comprend pas pourquoi Bonnet ne l’arrête pas malgré les signes interrogateurs qu’il lançait à son passage devant les stands : il avait toujours le panneau vert l’incitant à continuer !

Au ravitaillement après 1h30 de course, il pleuvait toujours. Gérard s’apprête à descendre de voiture, mais Bonnet lui tapa sur le casque en lui disant : »Tu continue ! »

Gérard fait un malheur, allant plus vite sous la pluie que sur le sec ! René Bonnet est bluffé. Gérard termine premier devant la Ferrari 3 litres d’Hawthorn !
René Bonnet accourt pour le féliciter avec un contrat à la main !

Le voici officiellement pilote DB. La légende peut commencer.

A cette époque, ce bout de papier n’était pas synonyme de rémunération.

En effet, de 1954 à 1960, Gérard Laureau ne sera jamais payé ! Incroyable au regard de ce qui se passe aujourd’hui dans le sport de haut niveau.

Il devra même régler ses déplacements et ses notes d’hôtel ! Il lui fallait donc continuer à travailler pour vivre.

Mais sa carrière sportive était partie. Avec 15 courses en moyenne par an, il vivra à fond sa passion, d’autant plus profonde qu’il partagera ce bonheur avec son grand ami : Paul Armagnac.

La suite, les panhardistes sportifs la connaissent et le bulletin de l’Amicale DB a largement décortiqué son parcours.

Pendant 10 ans, il fera du Mans son jardin. Pareil pour le Tour de France où il imposera « la camionnette » baptisé ainsi par Jean Bernardet à cause de son arrière tronqué : le meilleure DB selon lui.

Gérard Laureau était toujours à fond pour compenser la faible puissance des petites DB.
Ecumant les circuits du monde entier, il assurera à DB une présence française là où l’odeur du ricin règne en maître.

61 victoires viendront témoigner de ses qualités de pilote.

Comme ici au Mans en 1960 avec son ami Paul Armagnac

Il n’eût qu’un seul accident : aux 1000 Miles Miglia1957.

En 1962, après la séparation entre Deutsch et Bonnet, il restera fidèle à ce dernier, fidèle au souvenir de ce Tourist Trophy qui avait tout fait basculer.

Les choses s’accélèrent et la chance va tourner. Cette séparation va conduire René Bonnet dans le mur : le temps n’est plus aux francs tireurs.

Les courses se durcissent et l’ambiance n’y est plus.
Gérard Laureau fait quelques tentatives en Formule 2 sur l’inconduisible René Bonnet et une Cooper Climax avec laquelle il fait quelques bonnes prestations.

Il a 44 ans. L’accident de Beltoise à Reims, pousse sa femme à lui dire « assez ».

Il raccroche son casque, fier de ses 3 titres de champion de France en Sport-Prototype.
Son rêve devenu réalité prend fin.

Toujours passionné de sport automobile, il ne manque aucun rendez-vous.
En 1987, il devient gérant du circuit Jean-Pierre Beltoise à Trappes.

Gérard Laureau restera pour nous, un battant, franc, direct et loyal.
Il n’en demeure pas moins un homme sensible, fidèle en amitié et très sympathique.

A l’entendre et le voir mimer ses courses sur le stand de Rétromobile, on croit que cela s’est passé hier…. C’est cela la passion !

Et pour l’entendre encore et toujours, je vous propose cette vidéo qui nous le fait vivre pour l’éternité.

Charly RAMPAL