Pierre Flahault est né à La Varenne dans la région parisienne. Il est le 8ème des 9 enfants d’une grande famille originaire du nord de la France.

Son père, 1er importateur de produits anglais de luxe (chaussures Phillipps) achète dès 1908 une automobile Grégoire, puis en 1914, une De Dion Bouton.
Sa famille aimait l’automobile et la moto. Ses frères bricolaient des engins comme les Amilcars et Darmont Spécial qui pétaradaient dans un nuage de fumée d’huile de ricin brulée.

L’un de ses frères possédait aussi une moto René Gillet.

Cette ambiance familiale ne pouvait que confirmer déjà un goût personnel pour l’automobile.
Ils habitaient au bord de la Marne, à la Varenne St Hilaire plus précisément, charmante localité très chère à Charles Trénet et à Charles Pozzi, dont ils admiraient tous, les superbes voitures qui se trouvaient devant son garage pour attirer une clientèle bourgeoise.

Comme pour beaucoup, la guerre interrompt les rêves d’automobile de Pierre Flahault.
Mais dès 1945, il est décidé plus que jamais à participer à des courses automobiles.
On était encore dans la pénurie d’après-guerre, il n’est pas facile de trouver une voiture capable de jouer la victoire.

C’est Charles Pozzi qui va lui mettre le pied à l’étrier. Carlos avait acheté pour courir une Amilcar Pégasse de compétition, qui était l’ancienne voiture de Madame Roux, compagne de Maurice Mestivier, le Président de l’AGACI.

Conscient, il réalise qu’en raison de la formule du moment (4,5 l sans compresseur ou 1,5 l avec compresseur), il ne pourrait rien faire contre les Talbot .
Il se procure alors une Dalahaye 135 Course et de fait, l’Amilcar Pégase est disponible.

Pierre Flahault supplie alors Charles Pozzi de lui passer la voiture. Ce dernier accepte à condition que Pierre se procure des pneus et parvienne à s’engager dans une épreuve.

Pour les pneus pas de problème, Pierre Flahault va réussir à convaincre Henri Lallement, responsable chez Dunlop, qui lui fournit quatre pneus Racing, mais pas cinq !

A force d’arguments déterminants, il réussit à s’inscrire en 1946 au Grand Prix Internationnal de Bruxelles.
A l’issue de la séance d’essai, il est crédité d’un temps excellent et se retrouve sur la 2ème ligne juste derrière la Talbot de Raymond Sommer.
Malgré une intense émotion, il termine tant bien que mal, victime d’une mauvaise alimentation d’essence due à un réservoir mal nettoyé.

Qu’importe, cette première va lui faciliter ses futurs engagements.

La même année, il termine 3ème au Grand Prix de Dijon, derrière Jean-Pierre Wimille et Georges Grignard.

Ces bons débuts allaient améliorer sa carte de visite ! Mais comment continuer avec de modestes moyens ?
Il achète alors à Amédée Gordini deux châssis de Fiat Balilla 995 cm3 : l’un équipé de moyeu Rudge, pour le prix de 120.000 F (anciens) à reconditionner entièrement.
Ce qui sera fait par des copains dans son jardin.
Pour la carrosserie qui sera en aluminium, il s’inspire du tank 1938 d’Amédée Gordini.

Pierre Flahault va donc faire la saison 1947 avec ce magnifique tank, qui manque hélas de puissance.
Au Grand Prix des Frontières à Chimay, il remporte la 1ère place de sa catégorie.

Sur le circuit des Remparts d’Angoulème, alors qu’il est bien placé, il cède sa Simca-Fiat à Charles Pozzi qui vient de casser son moteur : quelques tours après, il abandonne sur ennuis mécaniques.

MPIERRE-FLAHAUT-1947-ANGOULEME

Il ne pourra terminer non plus au circuit de Reims et au circuit du Bois de Boulogne (rupture de fusée AVD).

AU VOLANT D’UNE DB : BREVE RENCONTRE

Toujours en 1947, Charles Pozzi lui prête une Delahaye 135C à Monthléry, mais au milieu de la course, il la lui reprend, ayant cassé le moteur de la sienne. Cette pratique était courante à l’époque : le jeune protégé devant céder son volant à son « patron » en difficulté.

En 1948, il ne prend part qu’à deux courses dont l’une tourne court avec une DB. Comment cela a pu se faire ? Pierre Flahault avait reçu un télégramme de René Bonnet lui demandant de courir aux 12 Heures de Paris à Monthléry sur une de ses DB Citroën.

N’ayant jamais conduit cette voiture, il quitte la route au « chapeau de gendarme » et se retrouve dans le fossé déjà occupé par la MG d’Auguste Veuillet.

C’est ainsi que sa collaboration avec DB s’est appelée « brève rencontre » !

LES 24 HEURES DU MANS

1949, c’est la reprise des 24 Heures du Mans et la joie de Pierre Flahault est à son comble quand il est pressenti pour piloter l’une des deux magnifiques Delahaye 4,5 l engagées par l’usine.

Pierre Flahault -LM-1949-

Ainsi, grâce au soutien de Charles Pozzi, il devient coéquipier d’André Simon et participe aux frais de préparation de la voiture.

Après un bon départ, c’est l’abandon au 18ème tour sur rupture de bielle due à un surrégime alors qu’André Simon est au volant : lors d’un cahot, le bouton de la boite Cotal a été engagé involontairement sur une vitesse inférieure.

Il se souvient également que cette année là, le revêtement venait d’être refait et sous la vitesse des roues les gravillons étaient projetés comme des balles d’une mitrailleuse, cassant les verres de phare et ceux des lunettes des pilotes des voitures découvertes.

Il participera ensuite à ceux de 1950 avec Charles Pozzi avec les nouvelles Delahaye 175S : il fut disqualifié sur un malentendu avec le directeur de course, Charles Faroux, hué par la foule suite à cette décision.

En 1951, Pierre Flahault y participe encore, mais seulement aux essais sur la Ferrari 340 AMB de Spear et Claes qui s’étaient querellés et qui se réconcilièrent de justesse pour prendre le départ et le laisser sur le carreau !

L’ECURIE MONOPOLE

L’année suivante, Pierre Flahault ne participe à aucune course, faute de moyen. Mais en 1953, il a la chance de rentrer dans l’Ecurie Panhard-Monopole.
Il avait été remarqué par son directeur, Jean de Montrémy, un gentleman très sympa.
Il devient ainsi inspecteur de Monopole-Poissy dans 22 départements pour vendre des pistons, segments, soupapes et chemises.

L’écurie Panhard-Monopole comptait 6 à 7 véhicules dont M. Cornu était le responsable technique.
Pendant cinq années, Pierre Flahault s’y trouva bien dans une ambiance des plus amicales et sans tension.

PIERRE-FLAHAUT-LM-MONOPOLE

Chaque année, il participe aux 24 Heures. Sa meilleure performance, Pierre Flahault la réalise en 1954 avec Pierre Hémard : 13ème au général et 2ème à l’indice avec un moteur de 610cc.

PIERRE-FLAHAUT-LM-54

Sa plus grande peur fut à la 23ème heure en 1957 au bout de la ligne droite des Hunaudières.
A 185 km/h, la pédale de frein se dérobe à cause d’une rupture de canalisation, juste avant Mulsanne qui doit se négocier à 60 km/h !

Pierre Flahault choisit d’aller tour droit et rentre dans les bottes de paille, faisant fuir les gendarmes, poursuit sa course pendant 400 m, en évitant miraculeusement les spectateurs.
Une fois arrêté, une femme l’embrasse et une autre le gifle en l’injuriant.
S’il put reprendre la piste, il fut mis hors course pour avoir quitté les limites officielles du circuit !

Au Tour de France, toujours sur Monopole, Pierre Flahault a eu un autre accident. Alors qu’il était premier au Scratch avec Pierre Hémard, le train avant de la voiture s’est ouvert et ils ont fait plusieurs tonneaux.

Pierre Flahault s’en sortit simplement avec une main foulée. Remise sur se 4 roues, ils purent rentrer dans la nuit : jamais il n’avait autant souffert du sommeil, allant jusqu’à avoir des hallucinations !

Plus calme, son ultime épreuve sportive sera le Mobil Economy Run avec un pilote Belge nommé Vic. L’objectif de cette épreuve était de parcourir Monthléry – Monte-Carlo en consommant le moins d’essence possible tout en maintenant une vitesse élevée.

MOBIL ECONOMY RUN

Sur une Scaldia-Moskvitch russe équipée d’un Perkins, l’équipage franco-belge réalisa la meilleure performance de la catégorie officielle des véhicules diésel, soit une moyenne de 64,48 km/h avec une consommation de 5,9 l de gas-oil aux 100 km.

PIERRE-FLAHAUT-MOSKVITCH

Pierre Flahault terminera en beauté une dizaine d’année de course automobile en véritable amateur éclairé.

Ses souvenirs les plus extraordinaires resteront ses sept participations aux 24 Heures du Mans, la plus grande course d’endurance du monde et qui le reste encore aujourd’hui.

Cette épreuve a d’autant plus d’importance pour lui, car c’est là qu’il s’est fiancé en 1949 avec Pierrette, sa charmante épouse qui sera toujours à ses côtés pour assurer le chronométrage.

Mais il aura connu aussi des drames terribles lorsque ses amis trouvaient la mort.

Pierre Flahault a conservé dans la vie sa passion et cet esprit de « gentleman driver » qu’il a toujours montré sur les circuits.
Une tout autre époque.

Charly RAMPAL (D’après les confidences de Pierre Flahault)