« Maurice…, le prochain Rallye de Monte-Carlo est pour toi… regarde le règlement et tu comprendras ! »

C’est par ces mots, lors de la remise des prix du Tour de Corse 1960, que Jean Rédélé eu cette prémonition.

Le soir même dans sa chambre, Maurice Martin décortiqua le règlement d’un rallye qui marquera à jamais l’histoire sportive de Panhard.
Né en 1920, Maurice Martin, niçois d’origine en sport automobile en 1951 au volant d’une Dyna X sur le circuit de vitesse de Nice.
Agent Panhard au bord de la belle bleue, avenue Aubert exactement, il participe à de nombreux Rallies au volant de cette concurrente directe de la 4cv Renault, et le Rallye de Monte-Carlo fait déjà parti des épreuves reines de son calendrier.
En 1952, son meilleur souvenir restera paradoxalement un problème de roulement de boite changé à Chambéry par le concessionnaire local réveillé à 2h du matin pour effectuer la réparation ! 1h50 plus tard la petite Dyna repartait à travers la nuit froide sur les routes des Alpes, pour arriver à Bernes dans les temps !
Un bel exploit que Maurice salue encore.

A Rétromobile 2001, sur le stand du DCPL où il avait été invité, Maurice Martin regarde encore cette moitié dd PL17, à la fois étonné par un tel engouement et par cette émotion qui ressurgit peu à peu de sa mémoire et qu’il ne peut plus repousser malgré sa modestie.

Puis, c’est l’épopée sportive de la belle Scaglione, exemplaire unique du célèbre carrossier de Turin que Maurice Martin fera évoluer en 3, 4 et 5 cv et qu’il revendre en 1965…

Bien entendu, la performante Dyna Z1 tout alu fera partie des voitures Panhard qui forgeront le palmarès de Maurice Martin.

Monte-Carlo, Tour de France, Mille miles, Acropole, Soleil… en tout 200 épreuves qui jalonneront sa vie sportive jusqu’en 1964.

L’arrivée de l’argent, des voitures d’usines, de l’outrancière médiatisation ne laisseront plus la place au plaisir… et ça, Maurice Martin ne veut pas le gommer de sa façon de vivre.

Les Panhard laisseront progressivement la place aux Alfa, Abarth (chez qui il a failli être pilote d’usine) et Cortina Lotus.
Mais comme je l’ai dit, c’est ce fameux Rallye de Monte-Carlo qui restera le point d’orgue d’une carrière bien remplie.

« … il fallait faire vite, et notre engagement a été enregistré de justesse, grâce à un télégramme envoyé à l’Automobile Club de M.C..
Il fallait trouver une PL17, car nous ne faisions pas parti des véhicules d’usine dont les pilotes de pointe étaient Walter et Jouanneaux. »
A souligner que ces voitures étaient bien de série et aucunement en aluminium comme le prétend la rumeur : Maurice me l’a confirmé.

La PL17 achetée d’occasion subi un choc à l’arrière. Le changement de l’essieu et l’aile réparée remirent la belle sur ses roues pour entreprendre les 10.000 km de reconnaissance, car Maurice avait horreur des prises de notes ! Il ne faisait confiance qu’à sa mémoire visuelle et une camera super 8, ce qui lui permettait d’être fiable dans sa conduite… son instinct faisant le reste.

La préparation ? Pas grand-chose… tout était de série, seuls les sièges de 2cv et des vitres en plexiglas permirent de rester au poids de 850 kg, car les 2 pneus hérissés des clous « Vaillant », quelques pièces et outils avaient fait rapidement grimper l’aiguille de la balance !

Sur la route, les 4 V10 de Kléber ont fait merveille, la tenue de route, une conduite coulée et efficace permirent d’obtenir le résultat que l’on sait… pourtant, le redoutable Walter sur la PL officielle, avait empêché Maurice de dormir !
« A l’arrivée, on m’avait dit qu’Hans Walter me prendrait la première place s’il effectuait un tour du circuit monégasque en 2 secondes 7/10 de moins que moi. Je n’en ai pas dormi. Dix fois, je me suis relevé pour refaire mes calculs. Mais j’étais tellement agité que je ne parvenais à rien. J’avais juste l’image onsédante d’une aiguille de chronomètre tournant inlassablement.
C’est seulement au moment du départ du test final que j’ai appris que l’écart était beaucoup plus important. »

Quand je lui demande quels ont été ses moments les plus pénibles, il me répondit : « … c’est dans le Massif Central, entre Valence et Le Puy, la randonnée fut près de se terminer. Roger Bateau , mon coéquipier, était au volant, comme toujours lorsque la route était enneigée ou verglacée. Je dormais tranquillement quand un puissant coup de frein me réveilla. Une Dauphine était en travers de la route. La Panhard se mit à déraper. Quand elle s’arrêta, une roue était suspendue dans le vide du ravin… ! »

Ce rallye, Maurice l’aime bien. Il fait parti de son patrimoine, puisque habitant tout près de la Principauté.
12 participations dont sept fois classé et en 1955 il a gagné sa catégorie.

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Si les courses de côte et les rallies restent ses disciplines privilégiées, Maurice a tâté du circuit sur l’épreuve du Tour de France.

Pilote indépendant, il a souvent battu les pilotes d’usine, grâce à sa fiabilité et cette moindre pression qui permet de ne rendre des comptes qu’à soi-même.

Quand je l’avais rencontré, Maurice Martin était un homme heureux, en pleine possession de ses moyens, affûté, grâce à de nombreuses activités physiques qu’il pratique toujours, comme le vélo (100 km par semaine) et surtout le vol à voile.
Il possède un planeur biplace pour lui permettre de s’évader de ce monde de plus en plus pollué par toute sorte de phénomène et de se perdre dans les nuages au-dessus des Alpes, terrain de ses exploits.

Tel est cet homme merveilleux et modeste que j’ai eu plaisir à rencontrer un jour au coin d’un stand…

Charly RAMPAL