Les Mille Miglia ont toujours été plus qu’une course : un spectacle, un spectacle grandiose de millions d’italiens qui se ruent le long du parcours pour assister au passage des bolides.

Ça restera cette vison hallucinante d’un petit jour qui se lève maussade sur une mer humaine faite de remous et de tourbillons et d’où monte jusqu’au fond, une immense clameur !

Mais aussi cette vision nocturne d’une foule qui grouille, se presse, s’écrase, torrent qui dégringole de toutes les villes d’Italie jusqu’à Brescia.

Et ces Tifosi resteront ces spectateurs privilégiés d’une des rares épreuves de vitesse qui se déroulait sur les artères utilisées par le public et qui donc, pouvaient se rendre compte des prouesses des pilotes. Car durant cette épreuve, il fallait aller vite. Elle demandait aux mécaniques d’être résistantes, puissantes, en un mot de « tenir ».

Le seul impératif est d’appuyer sur le champignon comme on disait dans les années cinquante. Parcourir les 1.600 km de la course en un temps record, quelles que soient les intempéries, d’arriver au but et, tel le héros antique, de se faire acclamer par une foule délirante.

Routes de plaines et de montagnes, traversées de villes, cette épreuve forme un ensemble complet et, pour juger des qualités d’un pilote, le parcours des Mille Miglia est nettement supérieur à celui de n’importe quel circuit par sa variété même.

Sur un itinéraire de 1.600 km, 8 contrôles attendent les participants de cette épreuve de 1956. : Ravenne, Pescara, Aquila, Rome, Sienne, Florence, Bologne, et Mantoue.

De plus, l’intérêt de cette course dépasse le point de vue purement sportif.
La compétition des machines est véritablement internationale : italiens, anglais, allemands, français, s’affrontent dans des voitures de toutes catégories et de toutes classes, depuis la voitures de Grand Tourisme de 750cc, comme nos Panhard, Renault jusqu’aux Masérati et aux Mercédès de plus de 2.000cc.

Se plaçant dans le temps après l’ouverture du Salon de Turin, les Mille Miglia de Brescia en constituent le véritable banc d’essais.

La plupart des nouveautés que l’on avait pu admirer sur les tapis de « la Mostra », se retrouvaient sur la route dans des conditions autrement difficiles : l’heure de la vérité sonnait à cet instant.

L’année passé, Moss avec le journaliste barbu Jenkinson, sur Mercédes 300SL, avait porté le record de l’épreuve à la moyenne fantastique de 157, 650 km/h pour l’ensemble du parcours !

Cette année 56, aucune équipe Mercédes ne participa officiellement à la compétition, mais les nombreux indépendants qui se sont inscrits, comme Von Trips ou Riess, ont bénéficié d’une aide quasi officielle de l’usine qui avait déplacé ses mécanos, son camion d’assistance et son directeur de courses, le célèbre Neubauer.

Ce 23ème Mille Miglia a surtout été un festival Ferrari. Le « Commendatore » Enzo Ferrari s’est en effet adjugé les cinq premières places.

Eugénio Castelloti, au volant d’une 3,5 litres 12 cylindres, battant dans l’ordre : Collins, Musso, Fangio, Gendebien.

Le seul impératif au départ de la course était de laisser aller Castelloti et d’attaquer à l’ordre.
Les intempéries, les pluies diluviennes ont bousculé légèrement ce plan.

Fangio, par suite d’une trop grande entrée d’air dans son capot ne put rattraper son élève, ses têtes de delco noyées.

Mais plus que le succès Ferrari, logique en lui-même, c’est surtout celui des petites cylindrées françaises que nous devons applaudir.

Michy, sur sa 4cv Alpine, a remporté seul une victoire de très grande classe dans la catégorie 750cc.
L’an dernier, l’équipe Galtier-Michy avait établi en 14h44’58’’ un record pour la classe 750cc des voitures de série spéciales et de grand tourisme.

Seul, cette année, le dernier nommé a réalisé 14h 34’ 55’’, améliorant de 10 minutes son propre record. Le pilote clermontois pourra se vanter d’être le seul à avoir inscrit son nom sur les tablettes en 1956.

Tout aussi significative a été la première sortie des Dauphines. Elles recevaient en effet le baptême du feu.

Un autre succès est à mettre au crédit de Robert Manzon qui, associé à L. Bossa, a scotché la concurrence par la tenue de route de son coach DB : il termine l’épreuve en 14h 36’ 34’’.

Beaucoup plus loin, la Dyna Panhard de René Cotton en 15h 10’ 20’’

Plus loin encore, à la 113ème place : le DB HBR de Parmentier – Sénéchal en 15h 55’ 39’’

163ème notons la DB-Antem de Carle – Cazon en 17h 33’ 03’’

Classement par catégorie : Jusqu’à 750 et de 750 à 1.000cc.

Seuls 3 DB ont pu rallier l’arrivée. Les autres, pourtant aux mains de pilotes expérimentés ont du abandonner : Carpentier, Mercader, Laureau (abandon pour boite de vitesses HS), Bayol

Ainsi que Jean Pagès,

Héchard,

Vander – Motte sur Dolomite :

Charly RAMPAL