En cette année 1950, deux Monopole-Panhard ont été préparées pour la grande épreuve mancelle.

L’étude de cette voiture est menée sous la direction de M. Bourdereau, un autodidacte passionné de mécanique qui possède une expérience de 25 ans dans la mise au point des voitures de compétition.

Pour lui, la Monopole-Panhard doit être un compromis entre l’aérodynamisme et l’esthétique, l’encombrement réduit et la maniabilité.

En partant d’un châssis Panhard, légèrement modifié (traverse avant, pédalier), il conçoit une carrosserie de tank, assez plaisante, dont on peut juger ci-dessous de la beauté du trait :

L’intérieur, très « course » n’admet que le nécessaire, notons cependant les petits accessoires de dépannage d’urgence sur piste situés à la gauche du dos du pilote, comme les 2 bougies, bien rangés dans des support en cuir et facilement accessibles.

La fermeture de la porte par loquet horizontal est à la fois simple et efficace, uniquement accessible de l’intérieur.

La mécanique sera particulièrement soignée avec les éléments mobiles produits par la marque de Poissy, le tout coiffé par deux carburateurs horizontaux avec une tubulure d’équilibrage. Un double carter fait office de radiateur d’huile.

Les amortisseurs sont montés en tandem : hydraulique et friction.

C’est à Monthléry en mars 1950, que des essais répétés vont permettre de mettre cet ensemble au point :

La voiture dotée du 610 cc bouclera les tours de piste à 135 km/h de moyenne.

Cette année là, fut favorable aux couleurs françaises puisque la « Marseillaise » sera jouée deux fois pour saluer la victoire de Talbot à la distance et de la petite « 52 » à l’indice de performance, sonnant ainsi le début d’une hallucinante série de victoires pour notre bicylindre : 10 en 13 participations !

C’est donc Louis Rosier qui remporte de scratch avec une Talbot de 4.500 cc, améliorant la distance de 110 km.

A côté de ce monstre, les 610cc de notre petite Monopole-Panhard, faisait office de petit poucet. Petite, mais costaud la « 52 » qui accomplit une course rapide et régulière.

Avant le départ, devant les stands, elle n’attirait pas grand monde. On ne donnait pas de grandes chances à cette petite nouvelle :

A l’arrivée, le contraste est saisissant !

Quant à la « 53 » de Savoye / Dussous, elle abandonnera au 89ème tour pour consommation d’huile normale.

Monopole commence ainsi à se faire un nom dans le domaine sportif. Reconnaissance civile, un stand personnalisé occupera un aile au Grand Palais, théâtre du Salon Automobile d’octobre 1950.

1951

L’écurie Monopole intensifie ses prestations sportives axées bien entendu sur les 24h du Mans que la victoire de l’an passé appelle à concrétiser.

Ce sera chose faite avec le même équipage de l’an dernier : De Montremy – Hémard.
Ils vont en effet, rééditer l’exploit en remportant pour la deuxième fois consécutive l’indice de performance, devant la Callista-Panhard de Gaillard – Chancel et… Bonnet – Bayol 5ème sur DB !

Pluie, boue, froideur, vent, orage, des émotions de toutes sortes, des accidents, des incidents, des drames de sang même !
Tout cela a été les 24h du Mans 1951.

Des frissons des spectateurs à la souffrance des pilotes en passant par des records pulvérisés, ont contribué toutefois au succès jamais atteint de cette épreuve jouissant cependant d’une réputation mondiale depuis 1923.

L’intérêt nait dès le premier tour soutenu jusqu’à la dernière minute, des moyennes oscillant selon les cylindrées entre 160 et 110 ! Malgré le sol glissant, la pluie aveuglante, la nuit sournoise, le brouillard inquiétant, le froid cinglant et la fatigue toujours croissante.

Une fois encore, le miracle s’est accompli ! Miracle de la volonté, du sacrifice même. Le mot ici n’est pas trop fort quand on est dans un baquet ouvert à la pluie et au vent.

Pas de casque intégral, pas de visière, il faut foncer dans ce mur de pluie à l’aveuglette, car les feux rouges de l’époque n’ont rien à voir (c’est bien l’expression..) avec nos feux de brouillard et nos ampoule à Led, véritables feux d’artifice d’assistance d’aujourd’hui !

Pneus pluie, vous avez dit ? De simple Dunlop taillé pour le vélo !

De Montrémy et Hémard, vainqueurs l’an passé, veulent réaliser ce que Meyrat et Mairesse réalisent à la distance.

Ils sont en tête une fois de plus. Soudain, la Monopole-Panhard s’ensable. Le pilote doit piocher durant une demi-heure.

Les 4cv Renault qui talonnent la Monopole-Panhard passent à l’offensive générale. Le leader de l’équipe, Sandt prend feu quand il allait s’assurer la première place tant convoitée… valant un million de l’époque !

Mais un chiffon gras, oublié sur la pipe d’échappement, déclare un incendie violent.
Durant plus d’une heure, le pilote se bât avec le feu et répare. A l’arrivée, on le félicite : il pleure comme un enfant, ses nerfs ont lâché !

A 1800 mètres de l’arrivée, la 4cv du fils Rosier, s’embarque dans un triple tonneau, retombe sur ses roues… mais ne parvient pas à retrouver son rythme !

Tout ceci fait l’affaire de la petite Monopole-Panhard n°60 qui, malgré un avant marqué par sa sortie au Tertre Rouge, remporte une fois encore l’indice.

Elle a bouclé 2.620 km à la moyenne de 109,54 pour une cylindrée de 610cc !

A l’arrivée, toute la famille Panhard était aux côtés des voitures mues par leur mécanique : Les constructeurs présents à la course ?.. Une ère nouvelle semble s’ouvrir !

En dehors des 24h du Mans, on verra De Montrémy au Rallye de Monte Carlo.

De plus, à l’automne 1951, une Monopole au volant de laquelle se relayèrent De Montrémy, Jean et Pierre Hémard, Dussous, Guerne, Liénard et Cornu, s’adjuge 4 records internationaux en catégorie 750cc :

– les 2000 Mile à 139,07 km/h de moyenne.
– Les 24h à 139,140 km/h de moyenne
– Les 5.000 km à 136,420 km/h de moyenne
– Les 48 heures à 126,760 Km/h de moyenne

Démontrant ainsi la fiabilité de la mécanique Panhard !

1952 : LE MANS TROISIEME POUR MONOPOLE

Pour cette vingtième édition de ces 24 heures du Mans, le succès est grandissant.

Comme toujours, les voitures viennent par la route.

La petite équipe Panhard-monopole s’installe dans un hôtel restaurant situé à quelques kilomètres du Mans, après être passé par la grande ville du Mans pour un arrêt photo rue des Minimes :

Enfin, direction l’hôtel.

Comme tous les hôtels de campagne de cette époque, c’est une auberge-café où l’on boit surtout des vins du pays où l’on mange à l’occasion des mets honnêtes et copieux.
On entre par le rez-de-chaussée dans la salle de café qui communique dans la salle à manger. La cuisine va se nicher au bout d’une allée qui mène encore plus loin, à une salle de bal où la jeunesse du lieu vient se trémousser le dimanche et les jours de noce.

A l’unique étage, cinq chambres pour voyageurs de passage, rarement occupées, mais qu’on se dispute chaque année comme tout recoin habitable pour les 24 heures du Mans.

L’hôtel, comme tout le village, est depuis quelques jours le domaine exclusif de l’équipe Panhard-monopole.

C’est l’occasion d’immortaliser la voiture devant cet établissement qui contraste avec les palaces des grandes écuries.

Comme toujours, l’organisation de l’ACO, menée de main de maître, s’est avérée impeccable dans tous ses rouages et plus de 200.000 spectateurs massés dans les différentes enceintes du circuit de la Sarthe, ont pu suivre dans les meilleures conditions, et durant deux tours d’horloge, une lutte émouvante dont l’attrait sportif n’a jamais faibli une seconde.

57 voitures s’alignaient au départ, dont la cylindrée s’échelonne de 5.428 cc pour la Cunningham (sans compresseur) à 612 cc pour les petites Panhard.

Monopole-Panhard fait figure d’épouvantail, fort de ses 2 victoires consécutives et compte bien faire sien l’adage : « jamais deux sans trois ! ».

Pourtant, l’opposition s’affirme en mécanique Panhard : les frères Chancel (Robert avec Plantivaux et Pierre avec Gaillard) et DB.

Les vérifications techniques se passent bien, mais cette année la formule de calcul de l’indice de performance a été relevée.

Deux Monopole-Panhard sont alignées : la « 59 » et la « 60 ».

La « 59 » étant engagée par l’usine Panhard en 750 et sera pilotée par Savoye et Liénard.

Les conditions climatiques sont excellentes mis à part un brouillard qui régna aux premières heures de dimanche sur la partie sud du circuit, obligeant les concurrents à ralentir, sans toutefois provoquer d’accident.

Les causes d’un déchet excessif doivent être cherchées dans un départ beaucoup trop rapide de certains concurrents.

Et puis, beaucoup d’ennuis dus aux équipements électriques, distributeurs principalement.

La « 59 » abandonnera au bout de 12h sur panne moteur.

La victoire ira donc aux plus sages.

En effet, seulement 17 voitures seront à l’arrivée.

C’est dans ce petit lot qu’on devait trouver les vainqueurs : doublé Mercédès à la distance et victoire pour la troisième fois de la Monopole-Panhard de Hémard – Dussous devant justement les deux voitures allemandes !

Mise au point dans les ateliers de Monopole Poissy par les techniciens et sous la direction une fois encore de Jean de Montrémy, elle fit briller la mécanique Panhard devant toute l’élite mondiale de l’automobile.

Hémard et Dussous ont couvert 2.802 km 190 en 24 heures à la moyenne de 116 km 788 et se classe première de la catégorie 750cc.

Ils seront accueillis sur le podium par Paul et Jean Panhard qui commencent à y prendre goût ainsi que le tout jeune Eric Panhard, fils de Jean.

On ne peut passer sous silence l’excellente prestation de la Panhard de Chancel et Plantivaux équipée du tout nouveau moteur de 850cc, testé ici pour la première fois et qui termine 2ème en catégorie 1100 cc juste derrière une Porsche de 1086cc ! Couvrant 2.914 km 750 à la moyenne de 121 km 456.

Fait important puisque ce moteur sera la clé de voûte de toute la production Panhard de l’après-guerre.
La compétition a rempli son rôle de banc d’essai pour la voiture de série.

De nouveau, cette année là, la « 60 » sera exposé au Salon de l’Automobile, encore auréolé de ses records de l’année précédente :

Le stand sera visité par les autorités du moment et De Montrémy aura même droit aux félicitations sous la forme d’une poignée de mains, par le Président Vincent Auriol.

Charly RAMPAL