ELIE BAYOL : LE MARSEILLAIS VOLANT

Mes racines marseillaise et ma passion pour le sport automobile à mécanique Panhard, je ne pouvais pas ne pas vous parler d’un compatriote de talent : Elie Bayol.

Elie Bayol est né le 28 février 1914 à Marseille, Très tôt passionné de mécanique, il ouvre un garage à St Barnabé un quartier bien connu de Marseille.
C’est un excellent mécanicien avec des pointes d’ingéniosité.
Là, il entretient et revend toute sorte de voitures, comme l’on fait couramment dans tous les garages..
Mais la compétition renaissante après la guerre, il est rongé par le virus de la course. Il participe le 5 mai 1946 au GP de Marseille avec une Bugatti : c’est là qu’il rencontre René Bonnet qui court sur une DB Citroën de sa conception et se lie d’amitié avec lui.
Dans cette course appelée : « Coupe de la Commission Sportive » ou « Coupe de l’entre’aide française » (ouvert aux voitures de moins de 2 litres), il pilote une Bugatti 35 – 1991 cm3 – n° 21, il termine 2eme de la seconde manche et 6eme de la finale.
A partir de 1949, il a distribué les accessoires EPAF et les racers 500 produits par DB, qui viennent de naitre, pour le sud de la France.

Touche a tout, il est n’est pas improbable qu’il ait fait la transaction de quelques de Rovin qui pouvaient à l’occasion cibler des classements de catégorie.
Il ne faut pas oublier que Mme Bayol, qui a aussi tâtée la compétition à l’occasion d’épreuves régionales a remportée la catégorie 500cc de la course de la Sainte Baume, le 11 juin 1952, sur une 2cv Citroën…
Avec le Racer 500, c’est le début de la grande aventure avec l’équipe DB.

Il débute en course des Racers 500 à Monthléry le 30 avril 1950 au 3ème GP de Paris : il termine second.
Le départ à Monthléry : Bayol est a droite avec le n°55 :

Il termine second derrière un Racer anglais :

Puis le 4 et 5 juin de la même année, c’est le Bol d’or sur cette même piste : il a le n°43 et finit 13ème.

Mais ce sera au 24h du Mans 1950 qui le verra pour la première fois coéquipier de René Bonnet en remplacement de Charles Deutch qui a décidé d’arrêter la compétition. La voiture tourne comme une horloge et dès la 4ème heure, Bayol et Bonnet sont en tète de l’indice de performance. Le dimanche matin, vers 11h, la petite barquette bleue s’arrête à son stand : piston percé ! Elle y restera plus de 2h et perdra la première place à l’indice. Bonnet réussira à la faire astucieusement repartir comme je le raconterai dans mon récit sur les 24h Du Mans 1950. La voiture fait un tour au ralenti et sur un piston, pendant que les mécanos cherchent en vain un piston sur une Panhard du public ! 35 mn de réparation, la petite DB repart, mais sera éliminée pour avoir été plus de 2h au Stand . Ce point du règlement sera revu devant le désarroi de l’équipe DB !

Elie Bayol continue ses courses et ses bonnes performances au volant de son Racer 500 mais aussi sur la barquette sport à carrosserie Antem comme au GO D’Allemagne au Nurbrubring le 20 août 1950.
Puis, c’est le Salon de l’automobile du 5 au 15 octobre, DB présente deux Antem et deux Racers 500 : leur palmarès parle pour eux.
C’est durant cette période que le 11 octobre Elie Bayol s’attaque à 6 records du monde de la classe 500 cm3 à Monthléry.

Sans la moindre préparation il bat successivement :
• Les 50 km à 139,390 (ancien record 136,280)
• Les 50 miles à 140,320 (ancien record à 137,420)
• Les 100 kms à 140,670 (ancien record à 137,930)
• L’heure à 140,880 (ancien record à 138,438)
• Les 100 miles à 141,060 (ancien record à 138,700)
• Les 200 kms à 141,180 (ancien record à 131,610).

Les anciens records étaient détenus depuis 1938 par Ceccini sur FIAT.

Ce racer des records est ensuite toujours resté dans la famille Bayol. Nous l’avions exposé à Monthléry (photos ci-après).

et lors de l’hommage à René Bonnet organisé par Dominique Perruchon à Champigny dont témoignent les photos ci-après appartenant à Dominique.



Elie Bayol appréciait particulièrement le circuit des Remparts à Angoulème où les DB viennent, en 2010, de faire une brillante démonstration et renouer avec l’histoire.
Il a en effet participé trois fois:

– 1948 le 11 juillet avec une Cisitalia
– 1950 le 11 juin dans la course des Racers une DB Panhard il termine 6e,
– 1951 le 10 juin dans la course des F2, coéquipier de René Bonnet, avec une DB Panhard 750cc compresseur, il termine 8e.

Il participera aussi à de nombreuses courses de côtes qui émaillent la région provençale.

En 1951, il est de tous les circuits (Aix les Bains, Rouen, Sables d’Olonne, etc…)

Il passe à la vitesse supérieure en 1952 en commandant aux frères Maserati le dernier modèle d’Osca F2, et en attendant qu’elle lui soit livrée, au mois d’août, il dispute des courses sur DB.

Il accomplit néanmoins une bonne saison : quatrième à Pau, cinquième à Marseille et sixième à Modène , onzième à Reims, deuxième à Draguignan avec son Racer;.
Touchant son auto neuve avant Monza, il l’y engage et dispute son premier GP de Championnat du monde ; qualifié en dixième position, il est contraint à l’abandon sur ennuis de boîte de vitesses.

Bayol s’aligne en 1953 dans trois Grands Prix, France, Suisse et Italie, où, en compagnie de Louis Chiron, il pilote les Osca. On le voit également à Pau – il s’y classe encore une fois quatrième, et à Albi où il fait la pole-position. Il connaît toutefois davantage de réussite au Circuit du Lac à Aix-les-Bains, qu’il enlève.

Mais il n’oublie pas l’équipe DB pour laquelle il fait encore quelques courses comme aux 12h de Reims les 4 et 5 juillet 1953 en compagnie de Jacques Dannenmuller où il se classe 10ème.
Il court également dans son coin de Provence, à Marseille pour la coupe René Larroque sur son DB Antem et aux 12h d’Hyères où il se classe 2ème.

Amédée Gordini l’a à l’œil et lui fait une proposition en 1954 ; c’est le début d’une collaboration animée qui durera trois saisons. Faisant équipe avec Jean Behra, il termine cinquième au GP d’Argentine et, hors-championnat, est pour la troisième fois quatrième à Pau, puis cinquième à Bordeaux, à l’issue d’une course animée où ignorant les injonctions de son stand il refuse de laisser le relais à Behra.

Viré par Gordini, il terminera la saison à pied.

Cette saison 54, il se consolera par cette brillante victoire aux 24h du Mans à l’indice de performance en compagnie de son vieil ami René Bonnet : une revanche du sort en quelque sorte. Cette performance de folie, je vous l’ai raconté dans « Le Mans 1954 » dans la rubrique « Historique ».

Mais, bon prince, le sorcier du boulevard Victor le rappelle l’année suivante en 1955 et lui confie de nouveau une Gordini type 16, qu’il aligne aux Grands Prix d’Argentine et de Monaco.

Sa saison est hélas écourtée à cause d’un grave accident aux essais du Mans, au volant d’une grosse trois litres Gordini. Il est salement blessé à la tête.

Il revient aux affaires en 1956, mais brièvement car sa longue convalescence a laissé des traces. Le temps pour lui de clore sa biographie par deux sixièmes places, au Grand Prix de Monaco d’abord, sur une Gordini T32, puis aux 12 h de Reims.

Touché par cet accident, il arrête sa carrière sportive fin 1956.

Il meurt en 1995 à l’âge de 81 ans.

Il a été l’un des pilotes fétiche de l’aventure des Racers 500. Le culminant de sa carrière est, pour moi, sa victoire à l’indice en tant qu’équipier de René Bonnet lors des 24 heures du Mans 1954.

Elie était un mécanicien surdoué.

Il n’aimait pas tout ce qui touche le côté administratif. Son ancien camarade de l’écurie Gordini, Robert Manzon (un marseillais aussi), était également son complice des parties de carte endiablées que, régulièrement, ils partageaient sur le port de Cassis (au café Le France).

Durant toute cette période, sa femme a été sa complice et d’une force de vie incomparable, jusqu’à ce qu’ils se séparent.

Il fut un grand serviteur des « Bricoleurs de Champigny » , comme les appelaient les gens de chez Citroën.

Les pilotes et les mécaniciens le respectaient et sa force de caractère empêchait toute familiarité excessive. Mais l’aborder était très sympathique.

Le mot de la fin : l’ancien garage des Bayol, est maintenant un centre de Contrôle Technique, autre temps, autres mœurs !

Charly RAMPAL