Les 24H du Mans 1953 a finalement validé la victoire à l’indice de performance de la Panhard n°61 des frères Chancel, pour quelques dixièmes devant la D.B. de Bonnet/ Moynet qui eut la malchance de tomber en panne dans le dernier tour.

En effet, nous panhardistes, sommes habitués aux victoires de cette belle mécanique que je vous rabâche à travers mes articles.

Mais, en cette année 1953, une nouvelle barquette avait fait son apparition et avait en plus, remporté l’indice de performance devant nos porte-drapeaux habituels : D.B. et Monopole.

Quel était cette barquette de 610cc.?

Pour connaître l’histoire de cette voiture baptisée « Panthère », il fallait  interroger Louis Delagarde, père du moteur de la Dyna  et que j’ai eu la chance de bien connaitre et échanger dans son appartement du Parc de Sceaux ou dans ma PL17 sur le trajet vers Rétromobile.

A cette époque, son adjoint était Pierre Durand, qui fit au Mans office de directeur de la course des Panhard, et Lever, chef mécanicien du stand.

Rappelons que Pierre Durand était l’ingénieur adjoint de Louis Delagarde. Dès 1951, il s’occupa de la préparation des ensembles mécaniques pour les clients qui faisaient de la compétition.

En 1953, il eut la charge des études et de la réalisation des voitures pour les 24h du Mans.

Il s’occupera du sport sur le plan technique, jusqu’à sa démission le 31 août 1958.

L’idée de la « Panthère » remonte à l’année 1952 et revient à Plantivaux, qui s’était fait construire pour Le Mans un coupé dont les performances ne lui donnèrent pas satisfaction.

Il pensa alors qu’un aérodynamisme réel valait mieux que la ligne dite « italienne ».

M. René Panhard, un ancien de l’aviation, en fut bien vite convaincu, et un contact fut pris avec l’ingénieur Riffard, le célèbre créateur des petits Caudron « Rafale » de la coupe Deutsch, qui devaient leur vitesse à la pureté de leurs lignes.

Riflard, déçu par l’attitude de Renault après son étude de la 1064 des records, se montra séduit par le moteur Dyna et donna bien volontiers un plan de carrosserie réellement aérodynamique.

Il poursuivait ainsi la réalisation de l’idée maîtresse de sa vie : aller le plus vite possible avec le minimum de chevaux, en comptant uniquement sur le profilage.

L’aviation aidait ainsi directement l’automobile.

Dans le cas de la « Panthère », ce mariage est visible à l’oeil nu, puisque le profil des ailes avant n’est autre que celui du Caudron « Rafale ».

La carrosserie de la Panhard a d’ailleurs été construite par les établissements Baritaut, chaudronnerie de métaux légers, d’où « étaient sortis les « Rafale ».

Cette caisse en duralinox a été montée sur un châssis Panhard, lui aussi en alliage léger, et l’ensemble ne dépasse pas 450 kg avec un réservoir de 75 litres d’essence.

Il est difficile d’indiquer le Cx, même approximatif, de cette voiture, mais il doit dépasser celui de bien des modèles réputés, puisque, avec le même moteur, elle gagnait 20 km/h par rapport à l’année 1952.

Pour Panhard, la préparation de la voiture n°61, qui appartient du reste aux frères Chancel, se borna à monter un moteur 610 cm3, vétéran du Mans qui avait déjà couru deux fois.

Ce groupe est aussi près de la série que possible : rapport volumétrique et arbre à cames étant même identiques à ceux des Dyna.

Il développe néanmoins 39 CV à 5.800 t/m, en partie grâce à un nouveau carburateur double corps 40 Pll mis au point et adapté par les soins des techniciens de Solex.

Avec cette puissance et un pont plus long, rendu obligatoire par suite de l’extrême finesse de la caisse, la voiture atteint une vitesse de 161 km/h au régime de puissance maximum.

C’est en cette année 1953 que fut créé l’écurie « Usine » et que l’on voit apparaitre Etienne de Valance en tant que responsable du chronométrage et de la maintenance du stand. On sait qu’il deviendra par la suite le Directeur sportif de Panhard dont ses deux plus gros succès seront le Rallye de Monte-Carlo en 1961 et les 24h du Mans 1962 avec CD.

RAPPEL DE LA COURSE DANS LA CATEGORIE 750 cc

Ces 24h là donc, en 750 cm3, on comptait deux tanks D.B. 745 cm3, deux tanks 3 CV Panhard, un tank 3 CV Panhard-Monopole, une berline 4 CV Renault « 1063 », deux tanks Renault « 1064 », le petit tank Renault de Rédélé-Pons ainsi que le curieux coupé Renault de Vernet-Pairard.

Ce furent les Renault qui partirent généralement le plus rapidement, mais dès, la première heure, c’était une des deux D.B, qui tenait la tête et qui devait d’ailleurs y demeurer jusqu’à l’arrivée.

Au fil des heures, les Renault connurent des défaillances et la berline « 1063 », l’une des deux « 1064 » et le tank de Rédélé-Pons qui avait pourtant fait excellente impression, furent contraints à renoncer.

Seul, le tank « 1064 » de Rosier-Scholleman put terminer ainsi que le coupé de Vernet-Pairard qui, voulant sans doute finir à tout prix, se promena bientôt à une vitesse de croisière, terminant dernier du classement général à la distance et du classement à l’indice de performance, à quelque vingt tours de l’avant-dernier, le tank 3 CV Panhard n° 60.

Ce furent les deux D.B. qui s’octroyèrent les deux premières places dans cette catégorie, celle de Bonnet-Moynet, battant à 133 km/h le record détenu par Panhard depuis l’an dernier, avec 116,758 km/h.

La 3 CV Panhard, victorieuse à l’indice, arrivait troisième, à la moyenne de 125,358 km/h.

Sur les cinq Renault engagées, deux finissaient, tandis que Panhard alignait six voitures et cinq seront à l’arrivée…

Qui ose dire que les Panhard ne sont pas fiables si elle sont bien préparées ?

N’oubliez pas ce que disait Maurice Trintignant : Les Panhard sont de belles maitresses qui ne se donnent qu’aux incités »…

Comme il y a un fils du photographe de l’époque qui ne veut pas partager des photos que j’ai pourtant achetées, je vous propose cette voiture en mode miniature…

Charly  RAMPAL (sur des informations de Louis Delagarde et Etienne de Valance. )