ACCIDENT-DE-KNYFF-GORDON-BENNETT
En mai 1905, René de Knyff percuta violemment une vache lors de reconnaissances pour la Coupe Bennett, en compagnie du journaliste Charles Faroux : c’est le récit authentique de ce dernier que je vous invite à lire dans la revue « La Vie au Grand Air », sous le titre « Mon accident !... »
La voiture Panhard 100HP de la coupe Gordon Bennett :

De Knyff au volant :

Rencontre un peu brusque avec une vache…
« Il n’est peut-être pas tout à fait exact de dire : mon accident. C’est plutôt l’accident de M. de Knyff.
Le sympathique président de la Commission sportive, dont la venue était si attendue le 14 mai, en Auvergne, avait décidé de se rendre par la route sur le Circuit.
Il avait bien voulu m’inviter pour lui servir de compagnon de route.
C’est pourquoi, le samedi 13 mai, à 10 heures et demi du matin, nous quittions les grandes usines Panhard & Levassor sur une puissante 100 chevaux.
Je ne dirai rien du voyage lui-même qui jusqu’à Moulins s’accomplit sans encombre, sauf toutefois deux éclatements de pneus arrière vivement réparés.
Le temps était idéal, les routes délicieuses, et je m’abandonnais paresseusement aux grisantes jouissances de la vitesse; cependant que le remarquable conducteur me pilotait avec une maestria incomparable.
Vers 5 heures, nous traversions Moulins à l’allure réglementaire, puis la route redevenant déserte et magnifique notre allure s’accéléra peu à peu.
Les paysans de l’Allier ont une fâcheuse coutume, celle de laisser paitre en liberté leurs bestiaux sur la route.
Ce n’est encore que demi-mal quand le bétail est entièrement livré à lui-même, son instinct comme son appétit le retenant toujours sur les bas côtés. ..
Or, six kilomètres avant d’atteindre Saint-Pourçain au lieu dit Pierre-Corbe. nous arrivions au sommet d’une montée, quand, à une quarantaine de mètres devant nous, une vache traversa paisiblement la route.
Elle était hélas vouée aux pires destins !
L’olympien de Knyff, qui a toujours eu un sentiment intuitif très exact des vitesses relatives, ne ralentit pas, estimant à juste raison qu’à l’instant où nous serions parvenus à hauteur de la vache, celle-ci aurait complètement dégagé la route.
C’est, d’ailleurs, ce qui se serait réalisé, si, par malchance la vache n’eût été accompagnée de sa propriétaire.
La bonne femme, au lieu de rester tranquille, se jeta bêtement sur la route, à moins de 10 mètres de nous. Je me dis aussitôt : « Elle est écrasée. »

Mais, avec une promptitude foudroyante, René de Knyff se rejeta délibérément à gauche et ce fut, dans la vache, l’entrée qu’on devine : Je la vis un instant vaguement comme une grosse masse blanche, plus haut que mes yeux ; à droite de Knyff s’écroule hors de la voiture ; je suis toujours dans mon baquet, en train de penser que je vais peut-être y rester, quand une force incroyable me fait décrire une trajectoire que mon amour-propre désire majestueuse.
Je me relève immédiatement, avec une certaine lourdeur dans l’épaule droite. Je contemple le champ de bataille.
La vache gît à terre, les pattes agitées d’un tremblement d’agonie ; la paysanne lève les bras au ciel et clame sur tous les modes : Ma vache ! ma vache !
Qui est-ce qui me paiera ma vache ?
Mais je ne vois pas mon compagnon.
Il est de l’autre côté de la voiture : celle-ci, en effet, a sauté par-dessus lui sans le toucher, et s’est enfoncée dans la terre.

M. de Knyff m’inquiète un moment; enfin il s’assied; il peut à peine respirer, ayant la clavicule cassée et deux côtes enfoncées; ses lunettes lui ont fait une horrible blessure au front.
Les paysans accourus, dont nous attendions secours, ne font autre chose que de se joindre à la propriétaire de la vache, pour réclamer le montant de cette dernière, allant jusqu’à parler de se payer sur notre peau; malgré ma meurtrissure, je me prépare à les tenir en respect, un levier de démontage au bout de mon bras valide.
Heureusement, nous voyons arriver Gabriel sur sa Dietrich des Eliminatoires ; il essuie, lui aussi, la fureur des brutes et nous prête son aide; la vache est payée par ses soins la modeste somme de 100 francs.
Brasier arrive sur ces entrefaites.
Soutenus par eux, nous gagnons Saint-Pourçain où les docteurs Duprat et Martinet nous raccommodent.
Ce m’est un devoir bien doux, que de remercier ici nos sauveteurs ainsi que leurs mécaniciens et tous les amis inconnus dont nous avons reçu les marques de sympathie.

C. FAROUX. »
RAPPEL HISTORIQUE DU CHEVALIER RENE DE KNYFF ET PANHARD & LEVASSOR
D’origine Belge, il se rend chez P.L. pour la première fois en 1895 pour acheter la voiture avec laquelle Emile Levassor vient de gagner Paris-Bordeaux.
Il ne l’aura pas, mais en commandera une autre, la première d’une longue série.
A cette époque, il participe à de nombreuses courses et gagne souvent pour Panhard.
C’est le début d’une longue et fidèle histoire entre lui et la marque.
Dès 1897, il en devient actionnaire, puis s’occupe de la clientèle (fortunée), par passion il suit les inventions nouvelles et les essais (il est pilote à ses heures).
Officiellement à partir de 1911, il suit les méthodes de travail et la politique commerciale.
En 1912, il entre au Conseil d’Administration et en cas d’absence d’Hippolyte Panhard en assure la Présidence.
C’était un homme sympathique qui en raison de ses exploits en course aux temps héroïques et de sa prestance était très respecté dans l’usine.
Il y avait un magnifique bureau qu’il n’occupait guère plus de deux heures sur la journée.
Il joua un rôle fondamental pour l’arrivée du moteur Sans-Soupapes chez Panhard et va orienter la marque vers le haut de gamme de qualité.
C’était un homme très écouté de Paul Panhard.
Charly RAMPAL (Récit tiré de la revue d’époque « La Vie au Grand Air » et Archives P.L. )