Je vous avais raconté cette expédition à travers deux articles mi en ligne en mars 2012…Aujourd’hui, je complète l’aventure  en vous racontant les préparations administratives et techniques que m’avait raconté André Pavolini, le photographe à qui je dois ses photos gracieusement offertes, lors de son séjour à Rétromobile  2004, alors que je tenais comme tous les ans, le stand du DCPL pendant 10 jours.

Avant d’en arriver là, il a fallu deux années de préparation, le siège en règle de quatre ministères, quatre-vingt-dix-huit démarches dans les ambassades, consulats et délégations, la rédaction de six mille sept cents lettres ou circulaires dont cinq mille destinées à recueillir des soutiens publicitaires, et deux lettres à MM. Nikita Krouchtchev et Mao Tsé Toung pour obtenir l’autorisation de revenir par la Chine.

Autorisations qui leur furent refusées.

Cette entreprise semblait être vouée à l’échec sans le soutien publicitaire de firmes importantes, mais leur demande risquait de s’empiler dans des classeurs avec des milliers de semblables.

Il leur a fallu présenter des références solides en gage de notre sérieux.

En fin de compte, dix-huit industriels vinrent à leur aide, dont un grand constructeur automobile, une raffinerie de pétrole, un fabricant de galettes et… un marchand de pompes à incendie, qui insista même pour leur prêter un spécimen pour le voyage.

Le Haut Secrétariat d’Etat à la Jeunesse et aux Sports, tout spécialement en la personne de son ministre, M. Maurice Herzog, leur apporta une aide active, dès que l’enquête sur le crédit qu’on pouvait accorder eut abouti favorablement.

Le ministère des Affaires étrangères de son côté, se mit à leur disposition avec la plus entière bonne grâce, ainsi que l’Alliance française; forts de ces recommandations, Ils purent prendre congé de l’Arc de Triomphe et des pigeons parisiens, point de départ de l’expédition.

C’est le 5 août 1961 au matin, que les trois voitures de la « Caravane Panhard I.C. 16 » sont réunies devant le Bar de l’Action Automobile, aux Champs-Elysées, où la maison Panhard avait organisé un cocktail d’honneur.

Les cinq équipiers souriants, un peu anxieux tout de même, bavardent avec les journalistes tandis que les flashes crépitent autour d’eux.

Caméras en action, mouvements de foule, instant d’émotion et de curiosité intense au moment où l’attaché de Presse de la Maison Panhard s’avance le long de l’esplanade pour baptiser au champagne les trois automobiles qui vont porter dans tout l’Orient la renommée de leur constructeur.

C’est le départ : des mains se serrent, des vœux et des signes s’échangent tandis que les trois voitures démarrent, sous les flashes, au milieu d’une nuée de reporters.

Lentement, ils descendent la grande artère parisienne, puis prennent de la vitesse…

Ça y est ! C’est parti pour la grande boucle, longue de 80 000 kilomètres commence.

RAPPEL DE L’ITINERAIRE

LES VOITURES : PREPARATIONS

Les Panhard PL17 ont un grand coffre, il ne fallait pas trop les charger : cela veut dire deux passagers et guère plus de 70 à 100 kg de bagages.

Si on se rappelle que sur la tôle ondulée, le véhicule reçoit en moyenne 5 pulsations par seconde, dont la puissance de destruction sera d’autant plus forte que le poids transporté sera élevé.

5.000 km de pistes qu’il faut obligatoirement parcourir entre 60 et 80 km heure représentent 25.000.000 de vibrations !

Pour éviter des ennuis, des précautions sont à prendre, quelle que soit la marque du véhicule utilisé.

Châssis et carrosserie : actions

— renforcer la suspension arrière et augmenter la garde au sol;

— mettre des amortisseurs genre AMORTEX pouvant le cas échéant être regonflés pendant le voyage.

— mettre une plaque de protection sous les organes pouvant être détériorés par les jets de pierre (fils, tuyaux, réservoirs…) ;

— remplacer le pare-brise et  déflecteur par des verres en tripler;

— retirer tous les éléments facilement détachables (essuie-glaces, enjoliveurs, feux de position…), le vol de ces éléments cause souvent des dégâts assez graves (axes cassés, court-circuit…).

Moteur :  

Prévoir des filtres à bain d’huile pour l’air et un filtre supplémentaire pour l’essence.

Accessoires utiles :

— une galerie avec deux plaques type a aviation » permettant de passer dans les ornières;

— une sirène pour se frayer le passage dans les villes et villages (un klaxon ne suffit pas);

— un phare arrière DUCELLIER;

— une prise 12 volts avec baladeuse;

— un petit compresseur d’air actionné par le moteur. II permet avec l’air comprimé de nettoyer l’intérieur des voitures toujours rempli de sable;

— rideaux pour s’isoler des visages qui peuvent veiller sur votre sommeil…;

La trousse à outils :

 — un cric (les modèles courants ne sont pas pratiques sur les pistes. Préférer un modèle se glissant sous le châssis);

— un jeu de clés plates et coudées;

— une clé américaine;

— une pince plate;

— trois tournevis;

— un marteau;

— une pompe et un contrôleur de pression;

— une chignole et cinq forets (3, 4, 6, 8, 12);

— lime plate, lime ronde;

— scie à bois;

— scie à métaux;

— un jeu de démonte-pneus.

Une bonne réserve de décolletage, vis à bois, boulons do toutes les dimensions avec leurs écrous, pièces diverses dont votre ingéniosité saura tirer parti dans les situations critiques.

Avoir aussi : deux blocs de bois, longe d’environ 20 cm, larges de 15, épais de 10, ils serviront de cales.

Une corde longue de 20 m, 2 à 3 cm de diamètre.

Une pelle pour se désensabler.

2m de chaîne à maillons soudés (son utilisation avec des boulons de 6 min donne d’excellents colliers de serrage).

Inventaire du matériel emporté (pour une voiture) :

— un guide atelier Panhard;

— deux balais d’essuie-glaces:

— deux amortisseurs arrière AMORTEX;

— deux phares DUCELLIER équipés;

— un jeu de vis platinées DUCELLIER;

— un jeu de soupapes;

— deux disques d’embrayage;

— deux butées d’embrayage;

— une dynamo DUCELLIER;

— deux chambres à air;

— deux pneus MICHELIN;

— un jeu de câbles (frein, démarreur, embrayage);

— six bougies DUCELLIER;

— un JEU DE balais pour démarreur et dynamo;

— quatre soupapes.

POUR LES 3 VOITURES …

— un démarreur DUCELLIER;

— batterie 12 volts DUCELLIER;

— un carburateur Solex;

— un lanceur de démarreur;

— quatre amortisseurs avant AMORTEX;

— quatre lames de ressort;

— six bidons POLISH DIAMANTINE;

— une pompe à essence;

— un delco DUCELLIER.

BILAN : Ils ont utilisé pour les trois voitures en un an, 80.000 km):

— six balais essuie-glaces;

— quatre lampes de phare DUCELLIER;

— six soupapes;

— neuf bougies DUCELLIER;

— deux amortisseurs AMORTEX;

— une butée;

— trois lames de ressort;

— un delco; — six pneus MICHELIN;

— cinq chambres à air MICHELIN;

–  six bidons POLISH DIAMENTINE.

Le reste du matériel a été vendu ou abandonné en route avant Téhéran, avec l’apparition des premières pistes.

ENTRETIEN :

Il faut prévoir des vidanges plus souvent qu’on ne le fait en Europe.

1.500 km, sous les climats tropicaux sont un maximum.

Ils ont toujours utilisé l’huile B.P. viscostatic et dans la mesure du possible l’essence B.P.

Il a fallu aussi huiler avec une burette d’huile fine B.P. tous les quinze jours les axes d’essuie-glaces, les paliers de dynamo, de démarreur.

La température sous le capot a dépassé souvent 90° C.

 A cette température, ils avaient prévu un graissage énergique, renouvelé très souvent.

2 PHOTOS SOUVENIRS..

Charly RAMPAL   D’après les informations d’André PAVOLINI et du couple GILLET.