LES CARS PANHARD 20CV SUR LES PISTES DU LEVANT
C’est dans le journal « L’Illustration » du 7 mars 1931 que j’ai retrouvé cet article consacré au tourisme à travers le Liban sur le trajet Tripoli / Beyrouth aller-retour qui met en valeur les qualités de l’autocar 20cv Panhard à 22 places qui constitue le parc autoroutier de La Compagnie du Levant.
Pour une bonne lisibilité, je vous ai recopié cet article intitulé « Sur les pistes du Levant » et ses photos qui vont avec.
Vous y retrouverez ou découvrirez les termes et expressions propres à cette époque lointaine où Panhard brillait dans tous les domaines.

« La, forme la plus sociale, c’est-à-dire la plus utilitaire de l’automobile, est sans aucun doute le poids lourd, parce que le poids lourd est un instrument collectif.
Evidemment, l’idéal en la matière est représenté par la généralisation de la voiture individuelle.
Un jour viendra…, comme . disent nos grands parfumeurs, où chacun aura sa voiture.
Mais l’Amérique elle-même, qui est de loin le pays le plus avancé sur la voie tentante de cette formule, n’en est pas encore là.
Avant que nous y soyons nous-mêmes, nous aurons bien des travaux préliminaires… et d’Hercule à accomplir.
Par exemple, raser nos villes pour les rebâtir. Elargir nos routes et nos chemins !
En attendant, le poids lourd accueille libéralement le monsieur-sans-voiture, il sillonne à l’état d’autobus nos grandes cités et par les monts et les plaines, sous les espèces du car, il double ou multiplie le chemin de fer et supplée en toutes circonstances aux carences provisoires ou définitives de celui-ci.
– En certaines — en de nombreuses — régions du globe, qui n’est pas encore devenu assez petit pour que la voie ferrée épouse réellement tous ses contours, le poids lourd est la providence d’une civilisation remuante qui a besoin de s’étendre et qu’il a dotée du moyen de circulation sûr, rapide, précis, qui lui manquait intégralement avant lui.
Et c’est tout particulièrement dans ce dernier rôle qu’il apparaît avec toute sa valeur.
On ne sait pas assez les tours de force, si l’on peut dire, les prodiges d’endurance, les miracles de résistance qu’exigent de lui certaines exploitations développant leurs lignes à travers les terrains les plus déconcertants, sur des profils et des natures de sol à peu près apocalyptiques.
On peut tenir comme exemplaires, au sens étymologique de ce mot, et vraiment typiques à cet égard, les services de la Compagnie Auto-Routière du Levant.
Le réseau qu’elle a créé et dessert comprend deux parcours.
Le premier, de Coiffa à Beyrouth et de Beyrouth à Damas s’étend sur 154 kilomètres de routes plates et sur 115 kilomètres de chemins de montagne d’une déclivité moyenne de 10 %.
Le deuxième relie Beyrouth à Mossoul, par Tripoli, Lattaquié, Alep et Deir ez Zor.
Celui-ci compte 460 kilomètres d’une route normalement accidentée mais auxquels s’ajoutent 750 kilomètres en plein désert, sur une piste tour à tour sablonneuse et rocheuse qui a le caractère d’un défi jeté par la nature maussade à la pénétration humaine.
Cependant, c’est le même véhicule à 4 roues, un 20 CV Panhard muni d’une carrosserie spacieuse à 22 places et d’un dais susceptible de recevoir 1.200 kilogrammes de messageries postales, qui couvre ces 1.210 kilomètres en deux jours, très régulièrement, sans aucune défaillance, malgré l’hostilité à peu près constante du terrain et par une température à fondre ses pneumatiques puisqu’elle dépasse couramment 50°.

La Compagnie Auto-Routière du Levant n’utilise sur ce double trajet que des voitures de ce type.

Toutes, jusqu’à ce jour, ont d’une manière générale réalisée des kilométrages de l’ordre de 90.000 à 98.000 kilomètres avant d’avoir à subir leur première révision.
Ce fait capital est à la base du développement croissant de l’entreprise.
Il permet à la Compagnie, en effet, d’appliquer des tarifs très bas à des conditions de transport tout à fait agréables et rapides.
De tous les châssis industriels destinés aux transports rapides, le Panhard depuis plus de dix ans s’est affirmé comme celui qui totalise les plus grosses moyennes et comme le plus léger, comparativement au poids transporté et à la vitesse atteinte.
Son moteur sans soupape offre l’avantage essentiel, sous maintes latitudes, de ne jamais chauffer, ce qui l’a fait adopter d’enthousiasme dans toute l’Afrique du Nord où il représente la grande majorité du matériel employé et qui lui vaut d’être aujourd’hui de plus en plus demandé dans l’Afrique équatoriale et à Madagascar, aussi bien que dans le Levant où l’on vient de voir comment il a confirmé sa vieille réputation.
Il est enfin une chose encore qui le désigne au choix des exploitations de transport public.
C’est qu’il joint une faible consommation de pneumatique et de carburant à une rare modicité de frais d’entretien, capable, comme on l’a vu, d’un rendement moyen approximatif de 100.000 kilomètres avant toute révision.
Et puisqu’il a été dit, aux origines mêmes de notre ère, qu’il convenait de rendre à César ce qui lui appartient, peut-être sera-t-il de quelque justice d’observer que, sur plus d’un point du vaste monde et de notre énorme domaine colonial en particulier, le désert aurait continué à opposer à la circulation et aux échanges l’obstacle de son étendue ennemie si Panhard, dès 1918, n’avait pas été le premier à établir des châssis aptes à porter plus de 4.000 kilos, à fournir une moyenne %.de marche de plus de 70 kilomètre-heure et s’il ne les avait résolument voués aux expériences les plus concluantes, sur les terres les plus inhospitalières, sous les cieux les plus torrides, dans les services les plus durs. »

Charly RAMPAL Tiré du Journal « L’Illustration » du 7 mars 1931