Il y a 20 ans, les 23 et 24 juillet, le Club MEP de cette époque fêtait les 40 ans de la MEP.

Cette année, la MEP aura 60 ans, déjà ? Eh oui, le temps passe si vite…

A cette occasion l’AMMA dirigé de main de maitre par Philippe Gayraud, réunira sur le circuit d’Albi et le temps d’une soirée en costume des années sixties, les pilotes et fans de cette monoplace qui m’a donné tant de plaisir.

Je vous ai déjà raconté dans ma rubrique « Les Voitures » – « MEP » : toute l’histoire de cette marque albigeoise et les courses en Formule bleue, mais aussi des comtes-rendus et nombreuses vidéos, de nos courses dans les années 90 du temps du plateau MEP-Monomill dirigé par notre regretté Alain Gawski.

Pour marquer cet évènement, je vous propose un petit rappel historique.

POURQUOI LE FORMULE BLEUE ET LES MEP ?

Au milieu des années soixante, avec le renouveau du sport automobile en France Matra Alpine…) les journaux et la FFSA ont compris qu’il fallait mettre en place une formule plus économique que la F3, pour former un vivier de jeune pilotes.

La solution qui avait les faveurs des spécialistes : la Formule 4, qui reprenait un peu l’idée des racers 500 dont je vous ai tant parlé dans les années d’après guerre pour relancer le sport-auto en Europe.

La formule V première version, celle avec les suspensions de Cox, paraissait intéressante.

Il avait également parmi les propositions, une formule monotype avec des barquettes Fournier-Marcadier, la première version et des moteurs R8.

Bref, tout le monde cherchait, et personne ne pensait à la solution d’une monoplace de plus de 100 cv avec des jantes en tôles qui dépasserait les 200 km/h : ça  paraissait irréaliste.

Tout le monde sauf Aziomanoff (le père des GRAC), qui avait démontré que c’était possible, et avait inventé ainsi la Formule France.

En fait Azio avait à la fois raison et tort car la Fédération Française en avait déduit qu’on allait droit dans le mur, car au bout de quelques courses, la plupart des pilotes seraient au bout de leur budget.

La Formule France coutait trop cher par rapport à la philosophie de base.

Ainsi naquis la Formule bleue qui eut bien du mal à vivre dans l’ombre de sa grande sœur.

Et pourtant la MEP X2, avec son moteur Panhard, n’était ni belle, ni rapide, pire le bruit du moteur sans les silencieux était horrible (sauf pour nous panhardistes) et si malgré tout elle permettait aux pilotes de courir à moindre frais, elle ne pouvait les faire rêver.

Comme quoi, la solution idéale n’existait pas…

Conscient de ça, Citroën a fait évoluer la formule en 72 avec la X27 à moteur GS, après avoir été tenté par le 4 cylindres NSU (MEP X7)..

On retrouvait donc en Formule Bleue essentiellement des pilotes les plus démunis.

Citroën ne pouvait pas pousser le vainqueur en Formue Renault. Et Total qui sponsorisait la Formule Bleue, n’était pas un pétrolier très actif dans le sport-auto.

Les débouchés étaient donc nuls : la Formule Bleue permettait de courir à moindre coût, mais pas d’envisager une carrière.

Le pire était que Citroën ne retirait rien en termes d’image de cette « formule du pauvre », voila pourquoi, ils ont arrêté les frais en 1975.

En fait ça a été un marché de dupes, Citroën avait pourtant réussi ce que tout le monde voulait en 1965 : une formule pas chère pour former les jeunes pilotes.

On verra par la suite que c’est Renault malgré une formule beaucoup plus chère qui tirera les marrons du feu : une ségrégation avait commencé : le sport-auto allait devenir un sport pour les riches.

ET MAURICE PEZOU DANS TOUT CELA

Je ne vais pas me rabâcher sur le personnage attachant et visionnaire, un caractère entier et passionné, comme je les aime, que je vous ai raconté dans mon article « LA FORMULE BLEUE : SES DEBUTS ».

Fortune faite, il devient en 1957, concessionnaire Citroën à Albi, car il était amoureux fou de la marque aux chevrons. Dans les années soixante, il inaugurera une vaste et ultra-moderne concession toujours à Albi.

Ce garage est inauguré en grande pompe, le tout Paris citroénniste est là à écouter l’interminable discours du Maire et le vin d’honneur qui suivait.

Pourtant à ce moment là, rien ne laisse prévoir une quelconque fantaisie pour le sport-auto.

Maurice Pezous cache bien son jeu, car la course automobile tient beaucoup de place dans sa vie et la proximité du circuit d’Albi, terrain de jeu de nos amis mépistes d’aujourd’hui, est là pour le narguer.

De plus, lors des courses, son garage sert d’atelier d’entretien pour les grandes écuries de l’époque : BRM, LOTUS et du coup, il se lie d’amitié avec les grands pilotes du moment qui étaient à cette époque très accessibles.

Comme je vous le disais plus haut, la France s’excite autour d’une formule nationale pour servir de tremplin à une jeunesse passionnée, elle aussi excité par les voitures sportives des yéyé (Johnny entre autres), symbole de liberté totale de ces sixties (l’époque de mes 20 ans…).

Il comprend donc que c’est dans ce sens qu’il faut aller : créer une petite voiture économique et facile à piloter avec l’objectif de former les futurs pilotes de F1 !

Et c’est ce terme de « formation » qui devança celui de « promotion ».

En février 1965, il demande à son fidèle mécano Raoul Rodas de réfléchir sur une monoplace qui réponde à ce souhait.

Pour le châssis, pas de problème, ce sera le treillis de tubes carrés soudés comme c’était le cas à cette époque et donc simple à réaliser et à s’inspirer. Il sera en effet solide, léger et pour servir au mieux un petit moteur

Mais quel moteur ?

Pour Maurice Pezous, il n’était pas question d’aller cherche ailleurs que chez Citroën, de plus,  il fallait simple et pas cher.

Avec ces impératifs, le choix était vite fait : ce sera moteur-boite de l’Ami 6 ! On ne peut pas faire plus simple…

Mais il fallait rendre ce moteur plus performant. Un banc moteur fut acheté et le travail sur les culasses, carburateur pouvait commencer… Côté carrosserie, c’est le fidèle Albert Mazel qui la formera en aluminium : un maitre dans cet art difficile…

Rappelons et souvenons-nous avec tristesse qu’Albert Mazel était aussi commissaire de course et bénévole sur le circuit d’Albi. En 1968, âgé de 53 ans, il a été mortellement fauché par une monoplace en perdition.

Cette première monoplace sera baptisée X1 : ce sera le début des « X ».

C’est Maurice Pezous himself qui dégrossira cette première monoplace et ses premiers réglages.

Puis, il demandera à Maurice Trintignant de venir l’essayer, alors que la carrosserie est encore en alu brut et sans ses autres éléments. Son jugement est sans appel : Châssis est validé, mais pas le moteur ! On pouvait s’en douter…

C’est alors que le moteur Panhard lui tend les bras, car il a tout pour répondre à la demande de puissance de Trintignant et surtout reste très proche de la philosophie bicylindre de départ.

Maurice Pezous fera un rapide aller/retour auprès de Citroën pour avoir leur accord, puisque le quai de Javel avait absorbé le quai d’Ivry… Entre quais on se comprend…

A son retour, il dit à Rodaat : « Raoul, tu peux foutre le moteur en l’air, j’ai l’accord de Citroën, on va mettre le Panhard de la 24CT. » Fini la MEP X1, vive la MEP X2… Celle des panhardistes dont les deux miennes : châssis N°69

et la N°70 refaite à neuf, qui est maintenant dans les Vosges dans la collection de Matthieu Cognet …

C’est comme cela que va démarrer cette grande aventure de la Formule Bleue, façon MEP… qui sera validé par la FFSA à la place de la Hampe…

Charly RAMPAL  avec l’aide de Fabien SABATES, photos des archives Maurice PEZOUS que Jean-Paul CARDINAL (Monsieur Formule bleue de chez Citroën) m’avait fait passer.