: PANHARD : LA VIE AUTOUR DE L’USINE PARISIENNE DU 13EME

Indiquée dès 1672 sous le nom de chemin de Vitry, l’avenue de Choisy fait partie de Paris depuis l’extension de la capitale en 1860.
Elle séparait précédemment les deux communes de Gentilly et d’Ivry-sur-Seine.
Elle tire son nom de la commune de Choisy-le-Roi à laquelle conduit la route nationale 305, qui prolonge l’avenue de Choisy à travers Ivry-sur-Seine.
Bien antérieurement, elle faisait partie de l’ancienne voie romaine de Lutèce à Lyon.
Elle n’a commencé réellement à s’urbaniser qu’à partir de la seconde moitié du XI» siècle, avec une vocation industrielle marquée.
Elle accueille ainsi les usines Panhard (devenues depuis immeubles d’habitation et centre commercial), la chocolaterie Lombart (devenue le lycée Gabriel Fauré), et surtout une vaste usine à gaz (devenue le parc de Choisy, la « Fondation George Eastman » et le lycée Claude Monet).
Simultanément, la croissance de la population amenait à la construction de l’église Saint-Hippolyte.
C’est surtout à partir de 1890 que s’est affirmé le profil industriel avec en particulier les usines Panhard, véritable cœur industriel du quartier.
Fabricants de machines pour l’industrie du bois, Panhard et Levassor ont très vite su tirer parti du moteur à pétrole pour faire rouler des voitures automobiles ; ce succès technique et commercial leur a permis d’étendre leurs ateliers de l’avenue d’Ivry à la rue Gandon.
Aussi la population et les bâtiments d’habitation se sont développés, quoique sans plan d’ensemble ; d’autant que, dès 1867, les nouveaux quartiers parisiens ont été reliés par le chemin de fer de Petite Ceinture.
Dans les années 20, les ouvriers sont particulièrement importants car ils logent à proximité de leur lieu de travail.
De nombreuses industries sont présentes dans le XIIIe arrondissement en plus des usines Panhard, les ateliers du Paris-Orléans, Raffinerie Say, Snecma, Précision mécanique, Grands moulins de Paris.
Ces grandes entreprises alimentent une série de petites entreprises sous-traitante qui font travailler de nombreux ouvriers. Le XIIIe arrondissement est un important lieu d’activité et de production.

LA VIE AUTOUR DE L’USINE
Cette activité ouvrière génère un important commerce de détail et d’approvisionnement ; l’activité commerciale était importante avant la rénovation des quartiers.
Le XIIIe arrondissement possède le plus fort taux de débit de boisson de tout Paris : 1 café pour 130 habitants, alors que la moyenne est de 1 café pour 400.
Ces débits étaient en fait des lieux de sociabilité, des annexes des entreprises où se tenaient les réunions syndicales, parfois des cantines.
Ce sont des lieux considérés comme le prolongement des logements ; l’ouvrier s’y rend en pantoufle pour téléphoner, discuter avec ses amis.
Les ouvriers sont fidèles à certains commerçants ; ce n’est pas parce qu’ils ont une fibre sentimentale, mais parce que le commerçant du quartier lui fait crédit.
Il n’a pas les liquidités financières pour acheter ailleurs moins cher ; il consomme l’argent du mois et la paie lui sert à rembourser ce qu’il a emprunté.Il n’a pas de paie d’avance. Il faut garder ce système à l’esprit et ne pas idéaliser sur le sentiment de solidarité entre commerçants et ouvriers.
Le quartier ouvrier intègre les travailleurs étrangers.
Il permet la reconstruction de structures identiques au modèle d’origine.
Pendant l’exode rural, au XIXe siècle, les cafetiers et hôteliers hébergeaient « leur pays », ce qui leur permettait d’organiser une intégration douce.
Les ouvriers ont eu un fort attachement à leur quartier au moment de sa rénovation. Il y avait un fort sentiment d’appartenance, d’adhésion au sol.
Mais dans le domaine urbain, personne n’est sûr de la permanence de son territoire.
Les envahisseurs urbains guettent toute place disponible et vacante.
L’homogénéité idéologique est flagrante ; la mairie du XIIIe arrondissement a été communiste du Congrès de Tours (1921) jusqu’en 1958.
Le Parti communiste français y organise la vie au quotidien ; il encadre les habitants.
LA RENOVATION DU QUARTIER
Après la 2e guerre mondiale, la crise du logement à Paris et l’insalubrité des habitations datant du siècle précédent ont motivé, à partir des années 50, d’importantes opérations de rénovation dans le 13e arrondissement.
Après la rénovation du quartier, on passe à une vie urbaine plus conforme à la normale citadine.
Les habitants deviennent parisiens et regardent vers le centre.
Mais les loyers décuplent, même dans les HLM et sont trop onéreux pour la classe ouvrière.
Les dépenses des ménages se modifient, la consommation culturelle fait son apparition (TV, journaux, livres, disques).
Mais est-ce le fait de la classe ouvrière ou des nouvelles populations qui sont venues s’installer dans le quartier, refoulant ailleurs les ouvriers ?
Jusqu’aux années 1960, l’avenue de Choisy fait partie du 13e populaire et ouvrier.
Dans les quartiers rénovés, on assiste en général à un changement radical de population.
Cela s’est traduit en particulier dans certains quartiers anciennement populaires de Paris : Belleville, Denfert-Rochereau, (quartier Daguerre).
Ceux qui s’installent dans les nouvelles résidences sont les classes moyennes.
En 1965, Citroën prit le contrôle de Panhard dans l’espoir d’utiliser les compétences de cette marque pour les voitures de milieu de gamme afin de combler les lacunes de la gamme Citroën : il manquait en effet une voiture entre la 2CV et les grandes DS / ID.
L’outil industriel de Panhard intéresse également Citroën.
Rapidement les usines Panhard fabriqueront plus de fourgonnettes 2CV que de Panhard.
Dans les années 1960 et au début des années 1970, l’opération Italie 13, qui vise à la reconstruction d’une vaste zone dans le sud de l’arrondissement, a pour conséquence la construction d’une demi-douzaine de tours de trente étages environ au départ de l’avenue de Choisy (tours à noms de villes italiennes) et d’un centre commercial.
Ce quartier a été englobé dans le vaste périmètre (86 hectares) de l’opération Italie, décidée par la Ville de Paris en 1966.
Cette opération était prévue comme concertée entre la Ville et les propriétaires de terrains réunis en associations foncières urbaines (AFU), mais pour l’essentiel ce sont des promoteurs Immobiliers qui ont racheté les terrains avant de faire une rénovation à base de tours de 30 étages.
Ainsi ont été réalisés l’ensemble Olympiades, sur les terrains SNCF de Paris-Gobelins, et l’ensemble Masséna, sur les terrains Panhard (passés sous le contrôle de Citroën, qui a fermé ces usines en 1969).
Le seul secteur où l’AFU réunissait les anciens propriétaires est le secteur Moulin de la Pointe, et aucun projet de rénovation n’a pu aboutir dans ce cadre faute d’accord entre l’AFU et les promoteurs sur le type d’urbanisme souhaité.
DUI ROUGE AU JAUNE
Après cette période de rénovation urbaine brutale, la sociologie de l’avenue de Choisy change profondément avec l’arrivée de réfugiés venant du Viêt Nam puis d’autres pays asiatiques à partir de 1975.
Place de Vénétie, aménagée dans les années 1970 dans le cadre de l’opération Italie 13, vaste ensemble commercial surmonté de tours et barres d’habitation sur l’emplacement des anciennes usines Panhard.
A noter, du côté impair de l’avenue, sur le mur longeant la descente du parking sous le n° 3, la mosaïque d’une voiture Panhard et Levassor avec son sigle « P&L » et l’inscription « De 1873 à 1970 s’élevaient à cet emplacement les établissements Panhard & Levassor où fut conçue et réalisée en 1890 la première voiture automobile ».
Les usines Panhard étaient situées rue Nationale, à proximité de la Porte d’Ivry et sur l’emplacement de ce qui est devenu les Stade Georges Carpentier.
De nombreux ouvriers chinois travaillèrent donc pour Panhard et habitèrent des logements à bas prix situés sur les anciens « fortifs » de la Poterne des Peupliers.
Un vaste quartier asiatique se forme de part et d’autre de l’avenue de Choisy, qui en constitue l’un des deux principaux axes avec l’avenue d’Ivry.
C’est aujourd’hui une artère vivante, bordée sur toute sa longueur de restaurants et commerces majoritairement asiatiques.

Charly RAMPAL (De mon vécu dans ce sud parisien pendant 45 ans…)