En cette époque, la victoire à l’indice de performance était la véritable signification d’une course d’endurance, ce qui n’est plus le cas au 21éme siècle où cette course devient une course de vitesse, un Grand Prix pour chaque classe.

Pour vous en convaincre je passe le témoignage à André REICHEL du Magazine de l’époque : L’Automobile, toujours dans ma philosophie de l’authentique, en vous faisant remarquer que la barquette s’appelle Panhard-DB au lieu de DB-Panhard.

«  René Bonnet a gagné car il a su préparer sa course

Le mérite de Rêne Bonnet constructeur-pilote, est bien connu.

Depuis, de nombreuses années, il travaille pour la compétition en automobile el Le Mans lui apporte aujourd’hui une véritable récompense avec une victoire à l’indice de performance, le classement qui compte le plus au Mans, parce qu’il est riche en enseignements techniques.

Ces enseignements dégageons-en quelques-uns :

René Bonnet et Elie Bayol, avec leur Panhard-D B 745 cc, couvrent 3232 km. 520 en 24 heures, à la moyenne de 134 km. 677.

Ils battent ainsi le record qui appartenait, depuis l’an dernier à une D B. également, réalésant ainsi l’une des rares performances de valeur accomplies eu cours de cette épreuve.

UN RENDEMENT EXCEPTIONNEL

 Si l’on compare les résultats, on s’aperçoit que : Gonzales et Trintignant, avec une Ferrari de 5 litres, ont couvert 4.061 à 1-ç de moyenne, alors que Bonnet et Bayol avec une 745 cc Panhard-D B effectuent 3.232 km à  134 de moyenne soit plus des trois quarts du parcours réalisé par la 5 litres.

Si l’on considère que la cylindrée de la Panhard-DB est quatre fois moins forte que  celle de la Ferrari, il faut convenir que le rendement obtenu par Bonnet est vraiment exceptionnel.

L’ORGANISATION DE LA VICTOIRE

Un tel résultat n’a pu être acquis que grâce à un labeur acharné et de longue haleine.

Tout a été vu et pensé dans l’exécution des voitures qui couraient au Mans : le dessin des carrosseries spécialement étudiées, le déplacement du centre de gravité, la carburation avec les techniciens de chez Solex qui ont obtenu pour une voiture plus rapide une économie d’essence de l’ordre de 5 litres aux 100 kilomètres, les pneus avec les spécialistes de Dunlop qui ont étudié un nouveau profil dont Bonnet n’a eu qu’à se féliciter.

On avait, en outre, chez D. B. envisagé toutes les éventualités et prévu d’être contraint de rouler aussi bien par forte chaleur que sous une pluie torrentielle.

Au stand même, on tint constamment une véritable comptabilité de la marche des voitures de la marque, mais aussi concurrentes et, à chaque instant, la position à l’indice pouvait être connue par les intéressés.

On avait ainsi pensé à tout et cette victoire que Bonnet obtient enfin, après cinq années de luttes incessantes, si elle est le fait des pilotes et de la mécanique, c’est aussi le résultat d’une organisation qui s’avéra impeccable.

Nous sommes heureux de le souligner pour une victoire française, tout comme nous le fîmes il y a deux ans, pour une victoire étrangère.

INTÉRESSANTE SUGGESTION

RENÉ BONNET a ceci de méritant qu’il sait toujours — vainqueur ou vaincu –au lendemain d’une épreuve, tirer les leçons que comporte sa participation.

Il a, notamment, en ce qui concerne la signalisation en cours d’épreuve, à la suite d’un accident, émis l’idée de compléter en certains points cette signalisation par l’édification de miradors, au sommet desquels des commissaires pourraient agir rapidement et efficacement pour la protection des pilotes.

Il développe ainsi son idée : « Meyrat survenant, avant la Maison-Blanche, à la sortie d’une légère côte, se trouva en face d’un obstacle imprévu — la voiture de Steward qui s’était mise par le travers —et qu’il ne put éviter.

Le choc tut brutal et si Meyrat s’en tira indemne, sa voiture elle, fut mise en pièces.

Un système de signalisation électrique est en place, qui doit, dans ces circonstances, alerter les concurrents.

Par malheur, le fil de l’installation avait été coupé dans la catastrophe.

C’est pour éviter la réédition d’un tel incident que, Bonnet suggère l’édification, au sommet de cette côte, d’un mirador, d’où le commissaire préposé à la sécurité d’découvrira la route, d’Arnage jusqu’aux tribunes.

Disposant en outre de commandes électriques déclenchant les feux d’alerte, il pourrait avertir efficacement lorsqu’un danger se présentera »

Ajoutons que pour être réellement efficace, à cet endroit, la signalisation devrait

fonctionner à 500 mètres avant la montée dont nous parlons.

AU LUDE… ET AU LAIT !

Le quartier générai ces D.B. était à Lude, charmante localité sarthoise au bord du Loir où, avant la course, les pilotes et les mécanos purent — rarement  effectivement apprécier quelques instants de repos.

René Bonnet pensait même « aller taquiner » le brochet. mais les obligations d’une mise au point méticuleuse, l’empêchèrent de sacrifier à sont sport favori, âpres celui de l’automobile.

Il ne se priva pas cependant de rendre visite à son ami Coiflard qui, au Lude, est le grand maitre de la laiterie et traite quotidiennement quelque 20.000 litres de lait qu’il transforme, soit en Milk-Cola, soit en fromage dit « Tête de Mort»

Avec sa petite famille, sa femme et ses deux fils, René Bonnet se mit ainsi au régime lai pendant 10 jours, grâce a la laiterie du Lude, à laquelle, par ailleurs, il ne manque jamais de faire une publicité, gratuite évidemment ! »

CARACTERISTIQUES GENERALES DE LA PANHARD-D.B. VICTORIEUSE

– D. B. moteur Panhard 4 CV

– Cylindrée 745 orne. (non suralimenté)

– Alésage 79,5

– Course 75.

-Bougies Marchal

– 2 carburateurs Solex Double Corps

– Pneus Dunlop.

– Projecteurs Marchai

– Amortisseurs Houdaille.

– Pistous Monopole

– Carburant B. P. Energol

– Voie avant 1 m. 22

– Voie arrière 1 m. 15.

– Empattement 2 m. 17

– Capacité des réservoirs 120 litre

– Carrosserie en alliage léger et conduite centrale.

– Poids à vide : 430 kilos environ – Vitesse maxi : 175-180 km/h

Charly RAMPAL (Sources L’Automobile)