LE MANS 1953 : LES PANHARD ONT ÉCŒURÉ LES GROSSES JAGUAR .
C’est le titre de l‘article de Pierre ALLANET du journal L’Equipe…

« Le classement à l’indice de performance demeure un peu obscur pour de nombreux spectateurs dont l’intérêt se porte par paresse sur la plus grande distance.
Cependant, dès qu’on aborde la question avec eux, ils reconnaissent l’intérêt d’un classement qui cherche à équilibrer au mieux les chances de toutes les voitures alignées au départ, et on sait combien elles étaient différentes.
Ces mêmes spectateurs admettent que le moyen de comparaison retenu qui consiste à rapporter les distances réellement parcourues à des distances fixées en fonction de la cylindrée est au fond, très simple et tout ce qu’ils souhaitent est de ne pas être obligés de faire eux-mêmes les calculs.
A un moment de l’épreuve où la course à la distance paraissait déjà jouée avec deux Jaguar en tête dont une disposant de six tours d’avance, nous avons examiné avec quelques spectateurs les fluctuations du classement à l’indice, nous contentant de partir de la douzième heure.
QUATRE VOITURES DANS UN MOUCHOIR
A mi-course, on trouvait en tête du classement à l’indice, et avec des différences très faibles, les voitures suivantes : La Jaguar, de Holt-Hamilton, avec 0,656 ; la Panhard DB de Bonnet-Moynet et la Panhard des frères Chancel avec 0.645, la Gordini de Trintignant-Schell avec 0,640.
Soit quatre voitures de cylindrées nettement différentes : 3.341 cmc.; 745 cmc. ; 611 cmc. ; 2.473 cmc.
Ceci montre déjà l’excellence de la formule adoptée.
A la même heure, il y avaitt quatre tours d’écart entre les voitures classées première et quatrième et alors que la première avait parcouru 152 tours.
Les écarts relatifs entre les voitures classées première et quatrième étalent donc de 2,63 % dans le classement à la distance et de 2,44 % dans le classement à l’indice.
Ces écarts étaient donc du même ordre.
Six heures plus tard, l’écart à la distance était de six tours pour un parcours de 223 tours, donc sensiblement du même ordre relatif qu’à la douzième heure.
A l’indice, les quatre mêmes voitures que précédemment, mais dans l’ordre : Panhard DB avec 0.991, Jaguar avec 0.984, Panhard avec 0.982 et Gordini avec 0.970 se tiennent réellement dans un mouchoir avec un écart relatif de 2 %.
Mais il était d’autant plus intéressant de suivre le classement à l’indice de performance que les variations dans le classement étaient nombreuses.
Si la Gordini restait constamment à la quatrième place, les trois autres voitures frisaient entre elles toutes permutations possibles.
LE JEU DES CHRONOMETRES
Il devenait alors amusant, en particulier pour les trois premières voitures, de chronométrer chacun de leurs tours et de voir ce que l’une pouvait perdre ou gagner sur l’autre.
Dans les stands de ces concurrents, le fait n’était pas oublé, et nous osons dire que la recherche du doublé (distance et indice) a fait que la Jaguar n°18 a continué à monter alors que, pour la distance, elle aurait pu s’accorder un certain répit.
Ainsi, le classement à l’indice a eu pour conséquence indirecte d’obliger la voiture qui pouvait se considère! comme gagnante à la distance de pousser jusqu’au bout sans ralentir.
Un tel résultat est tout à l’honneur de ceux qui ont imaginé d’abord cette formule destinée avant tout, à récompenser des progrès, quelle que soit la cylindrée de la voiture, puis de ceux qui ont assuré sa mise au point.
Chacun devra reconnaître qu’il est remarquable que la voiture gagnante a la plus grande distance se soit trouvée en compétition, à l’indice, avec la voiture de plus faible cylindrée engagée, dans la course.
Avouons que la réussite est remarquable d’avoir égalisé cette lutte de David et Goliath.
Disons aussi que, pendant la dernière heure, alors que nous savions que depuis longtemps tout espoir était perdu à la plus grande distance, nous avons suivi, avec une attention soutenue, la progression de nos petites voitures, la Panhard D.B. et la Panhard de la maison doyenne.
Ici, nous pouvons dire aussi que le travail a payé.
Pour la Panhard D.B. c’est une récompense d’un labeur de longue haleine.
Pour Panhard, c’est la démonstration que les efforts accomplis au cours de l’année écoulée ont porté leurs fruits.
REJOUISSONS NOUS DES SUCCES
Dans les deux dernières heures, nous avons eu l’impression que la Jaguar numéro 18 ne faisait plus ce qui était en son pouvoir pour lutter à l’indice.
Nos petites voitures avaient écœuré les grosses.
Englobons dans les mêmes louanges nos deux petites voitures : chacun reconnaîtra que la différence des indices des deux voitures, 1,319 par la gagnante, la Panhard 61 des frères Chancel, et 1,317 par la seconde, la Panhard D.B. de Bonnet et Moynet, est bien minime.
Nous regretterons sentimentalement que le calcul de l’indice n’ait pas permis à ces deux voitures de se classer exactement sur le même plan, comme ont réussi à le faire les Porsche 44 et 45.
Et que Panhard se réjouisse pleinement, car il peut s’enorgueillir de deux premières places à l’in-dice de performance.
Deux voitures, celle dee frères Chancel et celle de Bonnet-Moynet qui peuvent former le plus bel ornement qu’il soit possible de souhaiter pour la nouvelle berline qui fera sa première apparition mercredi : un nouveau modèle encadré par les voitures ayant pris les deux premières places à l’indice de performance des 24 Heures du Mans, c’est un spectacle qu’on n’a pas l’occasion de présenter souvent. »

Charly RAMPAL (Source L’Equipe et Pierre ALLANET)