Après le présentation le 29 juin 1959, la PL 17 succède à la Dyna Z sur les chaînes de production dès les premiers jours du mois de juillet.

Même si les changements sont principalement d’ordre esthétique, Panhard pense néanmoins à quelques améliorations mécaniques du côté de la transmission et à l’image de Peugeot, on travaille sur une adaptation de l’embrayage automatique en utilisant le coupleur Jaeger, mais est-il compatible avec les moteurs de faible cylindrée ?

On comprend très bien son utilisation sur les voitures américaines de l’époque, équipées de gros V8, mais pour un 850, quelle folie ?

Je me souviens de mon essai de la PL17 équipée de cet embrayage,  d’Olivier Meston avec qui je travaillais pour le bulletin du DCPL et qui était responsable de la section Ile de France et hélas emporté dans sa pleine jeunesse le 6 mars 1991, par une maladie incurable et dévastatrice de cette époque…

Mais, si je vous donnerai mes analyse à la fin de cet article, mais je veux laisser la place aux pros, aussi je me suis appuyé sur un essai du Magazine L’Automobile de cette année 1960 pour analyse cette évolution et répondre techniquement avec chiffres à cette tentative.

COMMENT CA MARCHE ?

Le coupleur électromagnétique Jaeger fait appel essentiellement à une poudre d’acier se coagulant progressivement lors du passage d’un courant électrique, et agissant de ce fait comme un fluide à viscosité variable.

Cette caractéristique permet de solidariser progressivement un entraineur et un récepteur, l’entraineur étant solidaire du vilebrequin et le récepteur de la boite de vitesses.

Afin d’obtenir la progressivité de démarrage, le courant initial est fourni par la dynamo dont le débit est proportionnel au régime du moteur ; lorsque le dispositif est en phase couplage la coagulation de la poudre magnétique est assurée par le courant de la batterie.

Afin qu’il y ait débrayage lors d’un changement de rapport, un interrupteur coupant le circuit est monté en bout du levier de changement de vitesse.

Le frein moteur est maintenu tant que le régime du moteur est supérieur à celui du ralenti, autrement dit tant qu’il y a un débit suffisant pour amorcer la coagulation de la poudre magnétique.

Par ailleurs, un dispositif centrifuge permet, dans une descente par exemple, de bénéficier du frein moteur lorsqu’un vitesse est engagée, même si le moteur est à l’arrêt.

Ce dispositif centrifuge agit en envoyant directement le courant de la batterie au coupleur.

La progressivité du dispositif Jaeger permet de démarrer facilement en seconde ou. de monter un trottoir en partant roues en butées.

L’avantage primordial reste néanmoins de transmettre la pleine puissance sans glissement et, par conséquent sans la perte de rendement inhérente à tous les dispositifs hydrauliques, ce qui permet son  utilisation sur les moteurs de petites cylindrées.

« .. Côté mécanique, la transmission bénéficiait d’une boite de vitesses avec 4ème synchronisée, équipée du différentiel, de roulements renforces, les suspensions étaient sensiblement surbaissées et l’on notait un nouveau silencieux d’échappement monté transversalement à l’arrière.

Les performances du véhicule ne pouvaient être sensiblement affectées par ces modifications, d’autant plus que le poids de l’ensemble n’a pas varié.

Nos essais à Montlhéry confirmèrent la stabilité de la vitesse de pointe qui se chiffrent à 125 kmh,  quant aux accélérations, elles subirent évidemment le handicap inhérent au coupleur Jaeger.

Comme tous les systèmes automatiques, ce dispositif impose un certain délai de réponse.

La tenue de rouie reste à la hauteur des possibilités de la voiture et s’avère toujours particulièrement saine bien que le tempérament légèrement survireur de la PL 17 soit pour notre goût personnel, un peu trop accentué par les pneus Michelin ordinaires : nous préférons de loin, l’adhérence des X.

Par rapport à l’ancien modèle, la PL 7 a bénéficié d’un progrès spectaculaires au point de vue insonorisation et même la tonalité d’échappement a perdu le désagréable bruit de crécelle qui caractérisait par trop les précédentes Panhard.

Les freins ont nettement gagné en efficacité et se révèlent l’une constance d’efficacité rigoureuse même sous les plus fortes sollicitations, par contre subsiste toujours dans les cas extrêmes un broutage assez agaçant lu train avant.

LE COUPLEUR JAEGER EST-IL COMPATIBLE AVEC UN MOTEUR DE FAIBLE CYLINDRÉE ?

Mais notre propos est plus spécialement de déterminer si un moteur de 850 cm’ peut se satisfaire d’un embrayage automatique, sans trop perdre de sa nervosité.

Non, diront les sportifs, qui assureront les usagers pour qui la voiture est un instrument utilitaire.

Il est incontestable que le décollage du véhicule en première est moins rapide qu’avec un embrayage mécanique étant donné que la progressivité demeure quasiment constante et indépendante de la volonté du conducteur.

Par ailleurs, il persiste un temps mort au passage de chaque rapport mais du fait de la fidélité de réponse du coupleur Jaeger à la coupure du courant déterminée par l’interrupteur en bout du levier de changement de vitesse, on peut pour accélérer la manœuvre, enclencher le rapport choisi en même temps qu’on lâche l’accélérateur.

Ces arguments seront mis en avant par les conducteurs voulant conserver et toute la nervosité inséparable du 850 cm’ Panhard.

Par contre, pour le conducteur moyen, le coupleur Jaeger fournira des avantages incontestables.

En premier lieu une manœuvre simplifiée en circulation urbaine permettant de rester à l’arrêt avec la première engagée et de démarrer en appuyant simplement sur l’accélérateur, manœuvre interdite avec un embrayage à disque classique sous peine d’une usure rapide de la butée et de la garniture.

La constance de progressivité du coupleur supprime tout les à-coups sur la transmission et dans le cas d’une circulation difficile peut amener un gain de consommation par la suppression des patinages prolongés.

Le démarrage en côte est également fort simplifié, il suffit de conserver la première engagée et le moteur au régime du ralenti pour maintenir la voiture en équilibre sans avoir à se servir du frein à main : si la pente est très importante, une légère accélération permettra d’obtenir le même résultat.

L’ACCOUTUMANCE AUX DEUX PEDALES  EST TRES RAPIDE

Certains diront qu’il est difficile de s’habituer à la conduite avec deux pédales seulement : c’est en partie exact et lorsque nous avons pris en mains la PL 17 avec coupleur Jaeger, il nous a fallu un certain délai d’adaptation, d’autant plus que nous venions de quitter une voiture de sport avec laquelle la manœuvre conjuguée de l’embrayage, de l’accélérateur et du changement de vitesse étaient une véritable délectation.

Ayant conservé la PL 17 plus d’un semaine, en usage tant urbain que routier, nous nous sommes parfaitement habitués au coupleur Jaeger et avec l’accoutumance nous ne pensions pas perdre beaucoup de temps dans les changements de rapport comparativement à un conducteur moyen utilisant un embrayage mécanique.

Un détail piquant caractérisera cette accoutumance : reprenant derrière la PL 17 une Mercedes 220 S, nous avons froidement, la première fois, enclenché la marche arrière sans débrayer, avec le résultat que l’on devine… Comme quoi, si le passage d’un embrayage commandé au pied à un embrayage automatique demande une certaine habitude, la réciproque est également vraie.

LA ‘SOLUTION JAEGER EST VIABLE

Il est coutume lorsque l’on a en mains une Panhard, d’évoquer immanquablement sa légendaire sobriété, qui reste à chaque fois un sujet d’étonnement.

Il ne nous a pas été possible d’effectuer un essai comparatif d’une PL 17 équipée d’un embrayage classique, afin de déterminer avec précision le gain sur la consommation que peut permettre en circulation urbaine ou suburbaine le coupleur Jaeger.

Par contre, nous avons pu constater que les 6,25 L. aux 100 km annoncés par l’usine pour une moyenne de 75 kmh correspondaient à une norme logique puisque sur un parcours de 250 km comprenant entre autres nos tests d’essai à Montlhéry, nous avons enregistré 8,10 L. aux 100 km, conducteur seul a bord, l’itinéraire essentiellement routier avant été parcouru à une moyenne supérieure a 90 kmh.

En conclusion, l’automatisme confère par le coupleur Jaeger n’altère  en rien les possibilités de la PL 17 en conduite normale et les avantages qu’il donne, en diverses circonstances compensent facilement le léger handicap au point de vu accélération en conduite rapide. « 

RESULTATS D’ESSAIS A MONTLIMERY

Temps pluvieux.

Vent : 5 à 7 m/sec

Réglages : d’origine.

Poids : 895 kg dont 445 sur l’AV (avec 15 L. d’essence)

Etalonnage compteur :

Vit. lue :   Vit réelle 

120     : 109,210

100      : 93,228

80       :  75 193

Distances  / Accélérations

De 0 à 100 m en  10″ 2/5

De 0 à 200 m en 16″

De 0 à 300 m  en 21″

De 0 à 400 m  en 25″

De 0 à 500 m  en 29″

De 0 à 1 000 rn  en 46’’ ’ 2/5

Vitesse maxi sur l’anneau de vitesse : 1′ 13″, soit 125,666 kmh

Vitesse maxi sur le circuit routier : 6′ 42″ soit 82,221 kmh de moyenne

MES IMPRESSIONS DE CONDUITE

Comme je vous le disais, j’ai eu la chance d’avoir Olivier Meston comme ami proche et « copilote » pour le Panhard-Magazine et la section Ile de France du DCPL.

A ce titre, j’ai pu conduire sa PL17 avec coupleur Jaeger et me transportait dans un monde de conduite inconnu pour moi et qui aujourd’hui en 2025, est la norme avec le basculement des véhicules en mode électrique.

Il me fallait laisser au vestiaire mes habitudes de conduite sportive forgées au grès des ans par la course en circuit et en côte.

Pour cela, il me fallait avoir un pied de jeune fille si l’on pouvait admettre que celles-ci possèdent la délicatesse nécessaire.

Mais relatons les quelques reproches que l’on peut faire à cette monture de race.

La plus grave est la difficulté de s’habituer à cette façon de conduire. Car il me fallait caler ma jambe gauche et presque l’attacher pour éviter le réflexe d’appuyer sur une pédale en l’occurrence le frein puisque n’ayant que 2 pédales, celle-ci était la première sur ma route ! Combien de fois, je me suis retrouvé dans le pare-brise…

Une fois conditionné, j’ai trouvé la boite bien étagée, avec notamment une première qui va loin.

Quant à la troisième, je lui ai trouvé des possibilités d’accélération singulièrement plaisante à haut régime.

Ces qualités se sont avérées précieuses et agréables pour la circulation urbaine, et je dirai presque que dans ce cas précis, la présence du coupleur Jaeger y fait beaucoup.

Sur la route, une fois lancé, la conduite et l’agrément est identique à ma PL17 à boite mécanique de cette époque.

En résumé, l’agrément de conduite est nettement en faveur de son utilisation en ville et vivant à cette époque en région parisienne, ce fut un moment de plaisir et de détente que je ne connaissais pas : et dans ce cas, comme le disait notre Président Chirac : « je vote pour »…

Quant à la fiabilité, Olivier n’a jamais eu de problème… Alors pourquoi avoir abandonné cette option chez Panhard ?…

Charly RAMPAL