Je me souviendrai toujours de cet appel d’Etienne de Valance me conviant au Mans à une réunion des anciens pilotes de Panhard sur le célèbre circuit des 24h où Panhard avait tant de fois brillé.

Pilote VHC à l’époque sur Panhard (24CT, DYNAZ MEPX2 et Monomill), Etienne n’avait pas oublié ma passion pour le Sport-Auto et les articles que j’écrivais déjà dans le Panhard-Magazine du DCPL et qui enrageaient bon nombre d’adhérents plutôt portés vers les sorties « en groupe, en ligue, en precession », ce qui décida de ma démission en 2010.

C’est le samedi 11 mai 1996 que je me retrouvais surc le circuit Bugatti du Mans non seulement au mileu de ces grands pilotes que j’admirais et soutenais à leur époque, mais aussi de voitures qui avaient brillées 10 fois aux Indices de Performance, mais aussi à l’énergétique, sans compter celles des catégories.

Les hommes qui ont vécu cette période ne veulaient pas l’oublier, et ils étaient là, autour d’Etienne de Valance qui fut l’un des maillons essentiels à l’engagement en compétition de l’usine Panhard via différents préparateurs ou concepteurs de châssis comme DB, CD ou Monopole.

L’objectif était de raviver des années après, des souvenirs au volant de leur propre monture.

Pour y parvenir, l’ACO — dont Etienne était un éminent sociétaire — lui a donné carte blanche, les huiles Vacco l’ont aidé, et pour le reste, il a payé de sa poche.

Etienne a toujours ce virus Panhard dans la peau et même aujourd’hui, à chacune de nos rencontres, c’est sur « sa Maison » que nous échangeons et qui m’a permis d’affiner mes connaissances sportives.

Une détermination qui l’honore, et un bel hommage rendu ce jour là à la « maison » Panhard et à tous ceux qui constituèrent son équipe, et dans laquelle, il m’avait intégré.

C’est sur la base de la régularité que nous allions prendre le volant de ces pépites, endormies là, à deux pas : au Musée du Mans. Ces retrouvailles des pilotes et des voitures se sont donc déroulées dans le cadre de la 2ème Rétrospective des 24 Heures, le temps d’une épreuve de régularité de quatre heures : chaque équipage devait parcourir onze tours par heure, dont au moins deux en 5’27 ».

LES VOITURES

Le plateau comportait 26 voitures telles que Bentley 1924, Ferrari 121 LM 1956, MG TF 1954, DKW Monza 1956, TR3, Jaguar XK 120 1952, etc., et bien entendu les Panhard de « l’équipe de Valance ».

Conservée « dans son jus » par la famille Panhard et exposée au musée de Mulhouse, la Panhard CD victorieuse à l’indice de performance des 24 Heures 1962 était là, mais bien en peine de rouler à cause de problèmes de carburation et d’allumage.

Qu’à cela ne tienne, Jean Favarel, vice-président du Dynamic club Panhard retroussa ses manches pour faire en sorte qu’elle soit roulante, à défaut d’être aussi performante que l’autre Panhard CD de 1962 appartenant à Etienne de Valance, et qui était le mulet de l’équipe Panhard, restaurée avec soin.

Sortie de la collection du musée de l’ACO, la barquette DB Panhard HBR4 arborait trois numéros de course différents pour rappeler qu’elle remporta l’indice énergétique en 1959 et 1960, puis l’indice de performance en 1961.

Pas encore restaurée par son propriétaire Pierre-Michel Fournier, la CD Panhard, avec son étonnante caisse profilée surmontée de dérives, portait encore les traces de son unique participation aux 24 Heures du Mans 1964.

Seule représentante des coaches Panhard DB « de route », l’HBR5 1960 de Jean-Pierre Allain faisait là sa première sortie après une restauration étalée sur dix-sept ans.

Datant de 1953, la barquette DB Panhard ex-écurie Jeudy Bonnet était la plus ancienne de toutes les voitures bleues.

Je vous ai raconté sa restauration dans un article du 16 novembre 2010.

Jean Pagès l’a pilotée aux Mille Milles 1955 et 1956, et il l’a toujours conservée jusqu’à sacvente au Japon, même lorsqu’il courait en Lotus XI au Mans 1958.

Sa mécanique ne lui fut pourtant pas reconnaissante de cette fidélité puisqu’un piston percé lors des essais nous privera Jean Pagès et moi son son coéquipier, de l’épreuve de régularité.

Enfin, la grande absente : la Panhard Monopole vue quelques semaines plus tôt au Tour de France auto aux mains de Robert Panhard, cassa une fixation d’amortisseur en prenant la route pour Le Mans, et elle dut déclarer forfait  (mon article du 2 mazi 2024).

Avant qu’ils ne se partagent les volants, les anciens pilotes avaient du mal à cacher leur émotion.

LES PILOTES

Tel un bain de jouvence inattendu, ils se sentaient obligés de se refaire une mémoire neuve de leurs 24 Heures dans laquelle viendrait prendre bonne place ces retrouvailles inespérées.

Exemple : Robert Chancel, 72 ans, et cinq participations aux 24 Heures de 1952 à 1957. pour Panhard : «Je m’étais fait remarquer par Paul Panhard pour avoir battu ses voitures d’usine en course avec des Panhard préparées dans mon garage du Cantal. Alors quand on m’a promis un volant pour les 24 Heures 1952, ma valise a ete vite faite… En 1952, on avait pure consigne d’être à l’arrivée car les 24 Heures étaient le banc d’essai du nouveau moteur 851 de la X86. Avec Planthivaux nous avons terminé 4ème à l’indicede performance. L’année d’après, associé avecc mon frère Pierre dans une X88 avec une carrosserie profilée due à l’ingénieur Riffard, nous roulions à 205 km/h dans Les Hunaudières, avec un petit bicylindre de 611 cm3, et nous avons remporté l’indice de performance ».

Pour Pierre Hémard à 75 ans, les 24 Heures et Panhard sont synonymes de six participations, de 1952 à 1957, et il courra exclusivement sur Monopole Panhard puisqu’il était directeur technique chez Monopole : «La première course que j’ai faite dans ma vie, ce sont les 24 Houes du Main 1952 avec une Monopole X84 612 cm3, et avec Dussous nous avons gagné l’indice. J’ai couru les Mille Miles également en Monopole : treize heures au volant, tout seul, c’était dur, mais j’étais endurant. J’ai conplètement arrêté de piloter en 58, quand les Monopole commençaient à ne plus être compétitives, mais j’ai fini par un accident à Charade, bloqué dans la voiture retournée sur moi. Toul s’est bien passé car elle n’a pas pris feu, et je n’avais que le bassin cassé. Ca m’a valu d’être lepremier pilote  à être évacué par hélicoptère.  J’ai aussi un record à mon actif qui n’est pas près d’étre battu : avec Flahaut, aux 24 Heures 1954, c’est nous qui avons passé le moins de. temps au stand avec seulement 5’25’ d’arrêt sur vingt-quatre heures. Nous faisions des relais de six heures…».

1954, c’est justement l’année de la victoire de Maurice Trintignant (avec Conzales sur Ferrari 375) à ces mêmes 24 heures auxquelles il participa quinze fois, mais jamais sur Panhard :«J’ai toujours aimé Panhard puisque je me suis acheté une 24 BTbt que je fais rouler résulièrement”.

Maurice Trintignant est l’exception parmi les pilotes Panhard, mais il est l’ami de tous et probablement le modèle de beaucoup, surtout quand on voit la précision de son pilotage à 78 ans.

Voilà pourquoi Étienne de Valance lui a confié le volant de sa CD 1962, associé à Bernard de Saint-Auban, et à l’auteur de ces interviews, Michel Dumiot.

 A 66 ans, Bernard de Saint-Auban, a été co-pilote de Maurice Trintignant dans une Ford Co-bra au Tour Auto 1964, fut d’abord un concessionnaire Panhard.

Il courait avec succes en rallyes et courses de côte sur des voitures préparées par ses soins, jusqu’au jour où Etienne de Valance lui a dit :« C’est idiot de se battre entre nous, tu ferais mieux de courir pour l’équipe Panhard».

Et Bernard de Saint-Aubin participa aux 24 Ileures en 1960, avec une DB HBR4, finissant 20ème avec son ami René Bartholoni.

Ce dernier, âgé de 69 ans à cette époque est un pur modèle du gentleman-driver des années 60.

Fondé de pouvoir dans une banque la semaine, il était pilote le week-end :«j’ai couru quatre fois Le Mans de 1958 à 1961, et je n’y avais jamais remis les pieds depuis cette date. J’ai participé à cinquante trois rallyes et courses de côte de 1956 à 1961 sur des Panhard D.B. dont j’étais propriétaire, mais avec des pièces que j’achetais directement auprès de René Bonnet. La compétition était pour moi un hobby».

Rien à voir avec Jean Vinatier : à 63 ans il a derrière lui une longue carrière de pilote professionnel débutée en Panhard pour répondre à l’appel d’Étienne de Valance en 1958 :« Je retrouve ma jeunesse à travers ces Panhard que j’ai pilotées trois fois au Mans. Mon meilleur souvenir reste la victoire aux 4 Heures de Rouen 1960 avec une DB Panhard : j’avais derrière moi un certain Graham Hill sur une Austin-Healey».

Guy Verrier, 68 ans, ex-pilote Citroën, est lui aussi passé par les CD Panhard aux 24 fleures, en 1962 et 1964, mais il ne verra pas l’arrivée à leur volant à cause de casses mécaniques.

Ironie du sort, il trouvera le rythme de la régularité particulièrement lent, mais il saura se soumettre avec bonhomie à un règlement qu’il défend par ailleurs en tant que vice-président de la FFSA afin de mettre en piste des voitures d’époque sans arceaux et des conducteurs sans licence (re)de-venus pilotes d’un jour. Charly RAMPAL avec les interviews de Michel DUMIOT