L’EXPEDITION PANHARD-CAPRICORNE : MATERIEL ET OBJECTIFS
L’Expédition Panhard-Capricorne est décidée le 6 mars 1951 avec la Société Panhard et sa représentante sud-africaine, Union French. Industries (U.F.I.).
Elle est dotée de deux camions de série NOVIC IE 42 HL de 10 tonnes et de 100 chevaux chacun, à dix vitesses, à double essieu moteur (4 roues motrices), châssis normal, treuils, stations de gonflage.

POURQUOI PANHARD 100 CV 4HL ?

Le carburant, du diesel-oil, sera stocké en trois points de ravitaillement seulement : Johannesburg, Walvis-Bay et Pietersburg, car les réserves de bord sont prévues pour pouvoir toujours assurer 2.500 kilomètres d’autonomie.
La Maison Vion a offert la boussole à rose verticale en bain d’huile, fixée sur le camion de commandement.
Les éléments des véhicules sont expédiés de Paris, mais leur montage et les dispositifs spéciaux : plateforme supérieure d’observation et de prises de vues cinématographiques, carrosserie de bled, pare-chocs pour l’écrasement du taillis, sont exécutés à Johannesburg par Union French Industries, dans l’assembly plant (atelier d’assemblage) de Germiston.
Le concessionnaire sud-africain de Panhard fournit également le premier mécanicien-Conducteur, et le second conducteur.
La participation cinématégraphique à l’Expédition est prise par le Vicomte Georges de la Grandière, directeur de la Société de films E.D.I.C. qui a délègué un chef-cinéaste, un opérateur et un assistant.
QUELS SONT LES OBJECTIFS DE CETTE EXPEDITION ?
1. A partir de Johannesburg, gagner le sud-ouest kalaharien, pour tenter de voir quelle valabilité on peut accorder à la Cité Perdue, qu’en 1885, Farini prétendit y avoir trouvée, à l’est de la Nosop.
2. Entrer au Sud-Ouest Africain par le lit sec de la Nosop, et se rendre à Walvis Bay sur l’océan Indien, au voisinage de l’intersection du tropique du Capricorne avec l’Afrique. Ce sera là, le départ officiel vers l’est.
3. Pénétrer dans le Kalahari septentrional, visiter, étudier, filmer les Bushmen de ces zones. Enregistrer leur langage et leurs chants.
4. Sur la foi d’une indication qui a été recueillie en 1948, essayer de relever des peintures rupestres qui existeraient sur les éminences granitiques de Tsodillo, à l’ouest des marais de l’Okovango.
5. Reprendre le trajet vers l’est en se rabattant sur le Capricorne à Sérowé, capitale de l’Etat des Bamangwatos, le plus oriental des royaumes Bechuanas du Kalahari.
Dès lors, ne plus s’éloigner du Capricorne, dans une sorte de trajet sensiblement rectiligne, et de coupe géographique en direction de l’océan Indien.
Traverser le Transvaal du Nord, visiter les nobles peuples Schanganis, entrer au Mozambique, le prendre en plein cap ouest-est, en visant le port de Vilanculos ou celui d’ Inhambane, sur l’océan.
Redescendre ensuite au long de la côte à Lourenço Marqués, terme officiel de l’Expédition, et retourner à Johannesburg pour se disloquer.
L’équipe a reçu le patronage de la Société de Géographie, de la Société des Explorateurs Français, de la Direction des Relations Culturelles et du Ministère de l’Information.
Le Muséum a chargé Bernard Le Brel de mission.
L’Union Sud Africaine a répondu à leur invitation d’associer un de ses savants à l’Expédition, en désignant le docteur P. V. Tobias.

L’équipe comprend :
— François Balsan, Ingénieur de l’Ecole Centrale, de la Commission Centrale de la Société de Géographie, du Comité de la Société des Explorateurs Français, Sociétaire de l’Association Nationale des Ecrivains de la Mer et de l’Outremer.
— Docteur Philip Valentin Tobias, anthropologue, assistant du Professeur Dart à la Witwatersrand University, chargé de mission par l’Université de Johannesburg.
— Jacques Mauduit, du Musée de l’Homme, ancien attaché del’Institut de Paléontologie humaine, et secrétaire de la Société de Préhistoire.
— Bernard Le Brel, entomologiste, chargé de mission par le Muséum.
— Noel Ramettre, chef cinéaste.
— Robert Carmel, opérateur.
— Georges Bourdelon, assistant.
— Casimir Marek, mécanicien-conducteur.
— Lorrain Potgieter, conducteur.

RESUME sur 3 pages d’origine tapées à la machine et que j’ai dans mes archiveset que je vous recopie :
« Âprès 8.000 Kms, fertiles en découvertes et aventures, « L’EXPEDITION PANHARD – CAPRICORNE » chargée de mission par les Relations Culturelles, le Ministère de l’Information et la Société de Géographie, a atteint ses buts.
Ce que furent ces 8.000 Kms, parcourus en deux mois et demi, avec deux trucks PANHARD de 10 tonnes et de 100 chevaux et à travers des terrains allant du sable mouvant au rocher, du désert nu à la ronce kalaharienne, de la haute futaie des marais de l’Okovango à la perfide petite forêt fiévreuse et serrée du Mozambique, les publications ultérieures de l’Expédition, illustrées de nombreuses photographies, puis son grand film en couleurs, le diront avec les détails opportuns.
L’essentiel pour le moment est de communiquer sans tarder le succès final de cet essai de poids lourds en Afrique.
Neuf explorateurs, François BALSA, chef de mission; Dr. P.V. TOBIAS, anthropologue, de l’Université de Johannesburg; J.MAUDIUT du Musée de l’Homme; B. LE BRET, chargé de mission par le Muséum; RAMETTRE, CARMET et BOURDELON, cinéastes; MAREX et POTGIETER,mécaniciens, ont pu travailler deux mois et demi durant sur les larges plateformes de ces camions, cependant chargées de 3.000kd’autonomie de diésel-oil, de 600 K. d’eau chacun, de tout un stock de vivres, d’outillage et d’instruments scientifiques.
Le Dr. TOBIAS emportait 500 kgs. de plâtre pour ses moulages, et accumula au cours de l’expédition près de 700 kgs. de pierre travaillées par l’homme préhistorique.
Tout ce » poids » a passé ….
Jamais les moteurs ne faillirent. Jamais ils ne chauffèrent. Durant les 8.000 kms. pas un capot ne fut soulevé une fois. Les treuils eurent a servir pour faire sortir l’un des camions par l’autre d’une mauvaise passe.

Le butin scientifique n’a cessé de s’enrichir chaque jour. Le voici dans l’ordre chronologique :
I – Les avions éclaireurs de l’Expédition ont quadrillé sans succès l’aire de la fameuse cité perdue, romanesquement décrite par le prospecteur PARINI en 1886. Sur pneus d’avion, les camions complètent ces recherches. Une certitude négative est acquise.
II – En quittant les lieux par Nosop River, les explorateurs tombent inmédiatement dans les sites préhistorique., L’un surtout, un flot calcaire de la Nosop, est caractéristique.. Ils le baptisent Jean BRUNHES ISLAND.
Le Dr. TOSSAS reste 8 jours dans la moyenne Nosop avec un des trucks, et développe les trouvailles du même ordre. Ses sacs de cailloux taillés s’emplissent.
III – Durant ce temps l’autre truck avec François BALSAN et les cinéastes, gagne sur l’Atlantique, à Walvis Bay, le lieu du départ symbolique ; intersection du Capricorne avec l’Océan. Des films d’oiseaux de mer sont prie.
Réunis de nouveau L. Windhoek, capitale du Sud-Ouest Africain, où l’Administrateur Colonel HOUGHNOUTH donne une réception, les deux camions partent plein pour leur grande traversoe. Le Kalahari est abordé.
Dans la contrée des bushmen Magen, des danses, des scènes de sorcellerie sont tournées. La voix bushman est pour la première fois au monde longuement enregistrée sur magnétophone portatif Tolans.
TOBIAS commence ses moulages de visage au plâtre, malgré les compréhensibles difficultés qu’il peut y avoir à coucher un sauvage sur une planche, à l’enduire de vaseline, lui enfoncer dans le nez des tubes respiratoires, à le couvrir de plâtre, et à laisser sécher une demi-heure. Il prend de nombreuses fiches de mensurations.
La région des bushmen Manaro et Makoka, qui fait suite est si riche du point de vue ethnographique, que TOBIAS reste de nouveau en arrière pour trois semaines.

IV – La mission continue vers les marais de l’Okovango, monte jusque sous l’Angola, étudie, filme, enregistre les tribus Batawenas, Mambakush, Mokubas, et attaque le bush vierge à la recherche des Taodillo Hills, où certaines indications ont permis de croire à l’existence de peintures rupestre.
Elle atteint ces hauteurs, trouve les peintures, que J. MAUDUIT relève.
V – TOBIAS la rejoint à Maun, au sud du marais, enrichi de 9 moulages et 40 fiches de mensurations. L’expédition repart au complet par les plaines de sel du Makarikari, dans le saut dee Sarrigues, sortes de lièvres-kangourous, vers Serowé, Crocodile River, qui va devenir le Limpopo, vers le Northern Transvaal.
Elle séjourne entre Pieternburg et le Krugere Park Sans la tribu Mamitoua, dont le grand roi, qui n’a qu’une femme, donne pour elle une journée de danses de guerre, et dans la petite tribu Demari, dont le roitelet à 23 épouses. ….
Le Krugers Park offre ensuite une halte prestigieuse.
C’est enfin la traversée plein-Est du Mozambique dont le hinterland est encore vierge et dont les possibilites d’avenir sont énormes. Les falaises gréseuses de la frontière portent abondamment la trace de l’homme préhistorique. Tous les problèmes d’enlisement dans les boues occasionnées par le début de la saison des pluies sont surmontés, plus ou moins facilement. L’Océan Indien est atteint.
A Lourenço Marquès, après le touchant accueil de Mr. Robert BOGAERS, Consul de France, le Gouverneur YEIXEIRA reçoit l’Expédition, de même, à Johannesburg, le premier .- Ministre Dr. MALAN.
L’Equipe Capricorne a conscience d’avoir porté l’amitié française en Afrique Australe, et d’avoir trouvé la pleine amitié étrangère en retour. »
CONCLUSION de la Société Belge Industrielle aux Usines Panhard et Levassor : lettre du 10/10/1950, que je vous raccourcie.
« Ce raids des grands lacs Africains avec deux camions Diésel Panhatrd, l’un Thornton, l’autre ordinaire, s’est poursuivi favorablement, réalisant une performance unique en Afrique Centrale.
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On peut considérer que le matériel Panhard sera bien connu au Congoi Belge et avec lesmeilleures références.
Le matériel Panhard a participé brillamment au raid des grands lacs Africainque nous avons entrepris avec un I.E. 36 (Thornton avec benne 6m3) et un I.E. 32.
Nogtre délégué, se rendant au Salon de Paris, vous exposera ces diverses questions afin qu’un programme général puisse être établi.
Nous vous prions d’agréer , Messieurs, l’espression de nos meilleutrs sentiments. »
Voilà, tout est dit…
Charly RAMPAL (Archives perso)