LA DYNAMIC : ESSAI RETRO DE L’AUTO-JOURNAL
L’Autombile est devenue un objet tellement usuel qu’il faut aujourd’hui un modèle vraiment exceptionnel pour prétendre attirer seulement quelques regards.
Aussi peut-on se demander comment nous apparaitrons dans 20 ans nos actuelles voitures de grand luxe déjà défigurées par l’électrique ?
Nos enfants s’en souviendront-ils ? Je ne pense pas et encore moins nos Panhard leur disent quelque chose déjà aujourd’hui…
Car même le nom ne correspond plus aux modèles du 21ème siècle.
Déjà, l’Auto-Journal du 29 octobre 1964 se posait la question, à une époque où le nom de Panhard était dans toutes les mémoires et pourtant…
C’est pour répondre à cette question que ce célèbre Journal avait tenté d’en savoir plus en soumettant la Dynamic de 1936 à un essai au milieu de la circulation de ces années soixante : c’est cet essai du journaliste Didier Charvet que je vais vous dérouler.

« Direction à droite… direction à gauche, l’incertitude régnait et la lutte était particulièrement chaude en 1936.
La surprise fut donc grande quand Panhard présenta, cette année-là, sa Dynamic avec volant au centre…
La firme doyenne de la Porte d’Ivry espérait-elle avoir trouvé la solution ou se poser en médiatrice ?
On penserait aujourd’hui qu’elle exploitait, de toute façon, habilement, un excellent argument publicitaire.
On a vu, depuis, le bruit que l’on pouvait faire autour d’un volant, pour peu qu’il soit original et possède un minimum de classe, nous allions écrire de « branche »…
Que l’on me pardonne cette allusion, mais la similitude entre la présentation de la Dynamic en 1936 et celle de la DS19, vingt ans plus tard, ne se borne pas à une affaire de volant : l’utilisation d’un moteur créé pour une carrosserie plkus ancienne ne l’empêcha pas, en effet, de faire sensation.
Elle rompait avec la tradition de la marque.
Ses ailes avant recouvrant les roues étaient une innovation osée que, seul, Nash tenta de reprendre quatorze ans plus tard.
Plus courte que celle des modèles précédents, la carrosserie monocoque de la Dynamic étaient nettement plus large.
L’aspect général, obtenu par ses lignes nouvelles, était fortement souligné par ses phares.
Encastrés dans les ailes, selon une mode toute récente, leur forme rappelait étrangement celle de la calandre.
Son moteur 16cv fiscaux, six cylindres en ligfne, sans soupapes,de 2861 cc, alésage 75, course 108, équipé de deux carburateurs, développant 65ch.
Rien d’extraordinaire donc de ce côté.
En revanche, la possibilité de sortir d’un seul bloc l’ensemble propulseur : moteur, boite, train avant et direction, procurait une facilité de réparation que l’on n’a guère retrouvé depuis, que sur la 4cv Renault et les modèles qui en sont découlés – sur ces dernières, il s’agit évidemment du train arrière.
Le pont arrière était encore du type à vis, comme il n’en existe plus que chez Peugeot, mais on utilisait, pour son entretien, la même huile que pour le moteur et la boite.
La suspension par barres de torsion passait à l’époque, pour très confortable, et v les freins à commande Lockheed, d’un modèle assez particulier, às egment circulaire unique, étaient auto régleurs.
De par son prix, enfin : quelques 60.000 francs à un époque où la 11 Traction en valait environ 25.000, la Dynamic faisait figure de voiture de grande classe. Sa construction s’est poursuivie jusqu’en1940.
AU VOLANT
Celle que nous avons découverte à Marseille était vraiment exceptionnelle.
Elle était restée 25 ans sur cales et n’avait jamais été utilisée que par son premier propriétaire.
Nous pouvions donc la juger avec un grand recul,, certes, mais sans autre crainte quant à son état.
Au premier abord, elle est impressionnante, et l’on est surpris par sa hauteur que ne laisse pas supposer sa ligne : 1,70m.
Comme il s’agit d’un modèle de 1938 et que la direction au centre ne fut qu’éphémère, celle-ci a le volant à gauche.
La banquette avant est très vaste : on y est au large à trois. Les portes, en forme de corbeille – les glaces en sont bombées, comme sur les voitures américaines les plus récentes, mais horizontalement – laissant une aisance aux coudes, que nous n’avons jamais trouvée sur aucune autre voiture.
A l’arrière, quatre personnes peuvent se serre, et trois s’y étaler : la place pour les jambes est plus largement dimensionnée que sur les voitures modernes, bien que l’habitacle soit court.
Les garnitures intérieures sont luxueuses ; aussi, est-on surpris de senti, néanmoins, les ressorts des sièges.
Le caoutchouc n’étant pas encore utilisé et la différence est grande…
La dimension désuète des glaces rend la visibilité quasiment nulle vers l’arrière.
Vers l’avant, les deux petites glaces arrondies, qui encadrent le pare-brise – le fameux système panoramique Panhard – n’améliore pas grand chose.
Tout cela date terriblement.
Le moteur démarre au quart de tour, mais dès que nous abordons le flot de la circulation, nous avons l’impression d’être au volant d’un camion.
Il est impossible d’enclencher la première ou la marche arrière sans provoquer un grognement effroyable des pignons.
Les autres vitesses passent bien, mais sous réserve de manier le levier – au plancher – sans hâte et avec précision.
En ville, la souplesse est comparable à celle d »’un 403 ; sur route, on éprouve une sensation de puissance, mais on déplore le manque de nervosité.
L’ensemble pèse, il est vrai, près de 1.500 kg.
Il est assez rare d’avoir à changer de vitesse.
La seconde monte à plus de 50 et la troisième aux environs de 90 km/h.
Nous avons poussé une pointe jusqu’à 135 compteur.
Il nous a semblé, d’une part, qu’il ne trichait que dans des proportions raisonnables et, d’autre part, que nous n’avions pas atteint la vitesse maximum.
Nous ne pouvions cependant, pousser plus loin notre expérience car, au-dessous de 110, un shimmy effroyable apparait.
La Dynamic est en effet, très sensible à l’équilibrage des roues.
La suspension, sur bon ou moyen revêtement, peut soutenir la comparaison avec bien des voitures actuelles.
En revanche, on a fait, depuis, des progrès considérables quant à l’absorption des pavés et mauvais revêtements passés à petite vitesse.
La tenue de route est assez saine, encore que l’ensemble soit assez lourd, et que l’arrière manifeste quelques tendances aux sautillements en virage serré.
Nombre de détails tels la position du volant beaucoup trop haut, les essuie-glaces sans arrêt automatique et la présence du cadran au centre du tableau de bord marquent l’âge de la Dynamic.
En revanche, la finition et quelques gadgets, tel un répétiteur de feu « Stop » au tableau, rappellent qu’à cette époque l’économie n’était pas encore la règle générale. »
Charly RAMPAL (D’après l’auto-journal n°362)