JEAN VINATIER RACONTE : SOUVENIRS DE SES DEBUTS EN PANHARD
Tous les fanas de Sports Mécaniques connaissent le nom de Jean VINATIER, pilote dont la carrière s’est étalée sur 20 ans des années 50 et 60 au début des années 70. Mais pour nous panhardistes, sa période au volant de notre bicylindre reste liée à 4 années de 1958 à 1961 dont je vous ai raconté l’histoire dans le N°9 du PRT-Magazine. Toujours en relation avec ce sportif de haut niveau, j’ai pu avoir quelques souvenirs personnels de cette période. Sa carrière au volant de nos Panhard a débuté le 7 avril 1958 à l’occasion des 3h de Pau au volant d’une Monopole et avec Pierre Chancel.

Son premier contact avait été avec Etienne de Valance (Directeur sportif) :
« …en 1958, je lui devais le début de ma carrière quand j’ai reçu une lettre m’invitant à participer à la course de Pau en Monopole pour le Trophée Total (je l’ai conservée) et aussi me « tester » avec d’autres pilotes (dont Murit) pour Le Mans.
Afin d’éviter des frais il m’avait invité à faire le voyage A et R avec lui dans sa voiture (une Z 1). Les résultats de la course ont fait que j’ai été engagé pour la saison et pour Le Mans avec Robert Chancel (remplacé par B Consten suite à l’accident de R. Chancel).

J’ai toujours mentionné cette confiance d’Etienne dans mes interviews et gardé une grande amitié pour lui. »
Puis ce sera la période avec René Bonnet et l’écurie D.B. débuté le 21 juin 1959 au Mans avec Masson.
- Comment était le sport automobile à tes débuts ?
« A cette époque, le sport-automobile français était porté à bout de bras par des artisans de talentueux qu’étaient Amédée Gordini, Jean Redelé et René Bonnet, quelque fois soutenus ou critiqués par les usines qu’ils défendaient. »
- Quel fut ton premier contact avec René Bonnet et le ciach D.B. ?
« Mon premier cointact avec un coach D.B. se passa aux 4 Heures de Monza où je faisais équipe, à la demande de René Bonnet, avec un client pharmacien du nom de Lucien Dujardin.
Tout se déroula fort bien jusqu’à une panne d’essence qui nous obligea à pousser la voiture depuis la parabolique jusqu’à notre stand… ce qui nous a permis de continuer et de nous classer tout de même honorablement.
- Quelle furent tes impressions sur cette voiture ?
« Cette première expérience m’avait fait découvrir par moi-même , une petite voiture exceptionnelle d’homogéneité et d’efficacité.
Au cours des rallyes que je disputais avec Bernard Consten sur des Alfa-Roméo Giuletta, nous avons sympathisé avec Roger Masson, qui, avec son D.B. «écumait » bon nombre d’épreuves. »
- Comment es-tu passé au coach D.B. ?
« A l’occasion de nos conversations, Roger me fit part de son désir de disputer Liège-Rome-Liège avec un D.B. et ayant dèja eu une expérience de deux participations et classements, il me proposa de tenter l’aventure ensemble…
A cette époque je crois qu’aucune mécanique Panhard n’avait ralliée l’arrivée de Spa dans le fameux « parc des 7 heures », et nombreux furent ceux qui nous conseillèrent de choisir une autre monture.
Après une visite à Champigny, notre moral était remonté au beau fixe, le maître des lieux avait sû nous convaincre.
Il eut encore une fois raison, car pour la première fois, une D.B. Panhard franchit la ligne d’arrivée avec un classement honorable. »
- Y a-t-il eut une autre tentative ?
« Oui, car cela ne nous suffisait pas et conforté dans l’idée que notre équipe pouvait réaliser « quelque chose », nous décidâmes de renouveler notre aventure en ajoutant quelques atouts dans notre camp. »
- Quels étaient ces atouts ?
« Il faut se souvenir que dans ce type de rallye, la notion d’équipage était primordiale à plus d’un titre : homogénéité, coinfiance, qualités humaines, entente, compétences mécaniques,etc… car il fallait cohabiter dans « un petit volume » pendant 4 jours et 4 nuits tout en restant performants chacun dans nos domaines de responsabilités.
Aujourd’hui, d’autres valeurs sont nécessaires et très différentes, compte tenu du professionnalisme des équipes des constructeurs, de la brièveté des épreuves et surtout des moyens mis en oeuvre à tous les niveaux.
- Comment avez-vous préparé votre voiture ?
« Au cours de l’année, Roger et moi, après l’essai concluant de la berline Z1 lors du rallye de Cognac, avons pensé panacher les voitures : utiliser la mécanique de la berline qui était une version « usine client », dans le D.B.
Après les essais, le mariage semblait parfaitement réussi et concluant. »
- Quelle était l’ambiance pour ce célèbre rallye ?
« Comme d’habitude, la liste des engagés de « Liège » était fort longue et l’épreuve promettait d’être magnifique et âprement disputée compte tenu de la qualité et la quantité des équipages disposant de voitures les plus performantes telles Porsche, Alfa-Roméo, Mercédes, Peugeot, Renault, Volvo, etc…
- Comment s’est déroulée votre épreuves ?
« Départ dans l’après-midi en convoi depuis la cour du Palais des Premiers Evêques pour le Parc des 7 neures à Spa et avant un dernier repas et ultimes rangements des cartes, devises et documents, le départ de nuit par groupe de 3 voitures toutes le 3 minutes au milieu d’une foule compacte, donnait déjà le ton de ce Marathon de la route qui allait nous faire vivre pendant 4 jours et 4 nuits à travers la Belgique, l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie, la Yougoslavie et retour par l’Italie, la France et enfin la Belgique, quelques 5.000 kms, par tous les grands et petits cols des Alpes sur des routes plus envoutantes les unes que les autres, dans des paysages grandioses : une des plus belles aventures sportives automobiles. »

- Quelles furent pour vous votre plus grande satisfaction ?
« Cette course fût pour nous, un régal de pilotage pour Roger et moi, car nous partagions le volant et la navigation (à la carte), n’ayant pas à cette époque de road book car pas de reconnaissance, ni de notes virage par virage, ce qui d’ailleurs donnait au pilotage toute sa vraie valeur : d’informations, d’efficacité et de performances.
Au fil des kilomètres et des jours de contrôle en contrôle, nous forgions, sans le savoir officiellement car les informations du P.C. course de Liège étaient fort rares, notre classement, si bien qu’à Spa nous étions 8ème du classement général et aussi 1er de Catégorie davant toutes les Dauphine de la Régie Renault !! et autres DKW, Fiat, etc… »
- Quel accueil vous a-t-on réservé à votre arrivée ?
« Dès l’arrivée, nous étions entourés par la Presse et les amis venus nous féliciter. »
- Quelle en furent les conséquences spotrives ?
« C’est quand nous vîmes s’approche François Landon, alors Directeur de Renault Sport, qui, très sportivement nous congratula publiquement et nous demanda de lui accorder quelques instants… Et quelle ne fût pas notre surprise et aussi notre joie d’apprendre qu’il nous confiait pour le prochain Tour de Corse, une Dauphine Gordini officielle !!!
La proposition a eu lieu le lundi midi à l’occasion du pot offert par les organisateurs du Royal Motors Union dans leur Siège aux vainqueurs, Bd de la Sauvenière à Liège
Ce jour là, François Landon avait pensé qu’il valait mieux nous avoir dans son équipe que contre elle !! »
- Comment se passera ce Tour de Corse sur cette nouvelle monture ?
« Ce Tour de Corse se termina à la 4ème place au Général et quelques années plus tard il fut totalement récompensé de son flair et de sa confiance, car l’équipage Vinatier/Masson donna la première victoire à la toute jeune R8 gordini… »
Conclusion, ce coach D.B. permis à Jean Vinatier de montrer son talent de pilote et quand on le voit maitriser cette R8 Gordini, on comprend vite que Landon avait vu juste…

Charly RAMPAL (D’après les informations de Jean VINATIER)