LE VBL PANHARD : LA PETITE JEEP INTELLIGENTE.. POURQUOI ?
A la fin des années 80, le monde militaire est obsédé par les blindages de plus en plus lourds… Lorsque l’armée française dévoile son nouveau véhicule de reconnaissance les alliés occidentaux sourient.
Surnommé avec mépris : la voiture de golf ou le jouet, l’engin ne pèse que 4 tonnes.
Face aux monstres soviétiques et américains, ce minuscule 4 x 4 semble être une erreur tactique absolue, comme le sont aujourd’hui les drones ukrainiens face à le deuxième armée du monde, et que tout le monde s’arrache.
Pourtant, ce véhicule va prouver que la létalité ne se mesure pas toujours à l’épaisseur de l’acier.

On va découvrir que le VBL français va devenir le pire cauchemar tactique des chars de combat.
Le besoin de légèreté pendant la guerre froide, l’Etat-major français identifie une faille béante dans ses patrouilles de reconnaissances.
Les Jeeps classiques ne résistent à aucun tir et les blindés traditionnels sont trop bruyants et repérables.

Le cahier des charges exige une machine capable d’escorter la cavalerie tout en restant visuellement furtive.
C’est encore une fois Panhard et sa culture avant-gardiste, qui remporte le projet avec un concept radical : le véhicule blindé léger ou VBL.

L’objectif n’est pas d’engager le combat frontal, mais de voir sans être vu, de renseigner et de fuir. C’est la doctrine de la cavalerie légère, poussée à son extrême limite géométrique et mécanique.
ANATOMIE DU JOUET A MECANIQUE RUSTIQUE

Pour garantir une maintenance logistique mondiale, Panhard fait un choix d’ingénierie extrêmement pragmatique.
Sous le capot, on ne trouve pas de turbine complexe, mais un simple moteur diésel Peugeot d’origine civile.
Développant à peine 100 chevaux, ce bloc propulse pourtant le véhicule à près de 100 km/h.

Son châssis court lui confère une maniabilité exceptionnelle dans les ruelles ou les forêts denses.

Sa consommation en carburant est si faible qu’il peut patrouiller de manière autonome sur 600 km.
C’est une rusticité mécanique calculée permettant des réparations d’urgence avec un minimum d’outillage sur le front.
Cette agilité extrême se pait par un compromis balistique qui a beaucoup fait douter les experts étrangers.
Le blindage du VBL fait d’acier de très haute dureté, varie entre 5 et 11 mm d’épaisseur.

Il correspond uniquement au niveau 1 du standard OTAN Stanha 4056.
Il ne protège l’équipage que contre la petite munition de 7,62mm et les éclats d’obus.
Face à une mitrailleuse lourde de calibre 50 ou un lance-roquette, le véhicule est percé de part en part.

L’équipage sait que si la machine est repérée par une force lourde, la destruction cinétiques est presque inévitable.
L’esquive fluide, la capacité amphibie pour compenser ce manque de protection passive, le VBL a été conçu avec une capacité d’évasion nautique.
Les ingénieurs l’ont rendu totalement amphibie, sans nécessiter une préparation lourde avant d’entrer dans l’eau.

Une petite hélice carénée est intégrée à l’arrière du châssis, couplée directement à la transmission principale.
Il peut traverser des rivières et des lacs à la vitesse de 5 km/h pour semer ses poursuivants.

Les chars lourds ennemis, obligés de chercher un pont capable de supporter leurs 50 tonnes sont distancés.
Cette caractéristique permet de couper les lignes de front naturelle de manière totalement asymétrique : le David contre Goliath.
LE MISSILE MILAN

La véritable humiliation pour les armées adverses survient avec le déploiement de la version antichar lourde.
Ce véhicule souvent pris pour une simple jeep de liaison, peut-être armé du redoutable lance missile Milan.
Ce tube de lancement fixé sur le toit, transforme le VBL en un destructeur de blindé à très bas coût.
Une cible de 4 tonnes, se trouve capable de pulvériser un char soviétique T72 de 40 tonnes.
Avec une portée de près de 2km, le missile filoguidé garantit une précision chirurgicale mortelle.
L’équipage tire sa munition, le blindé ennemi explose et le VBL a déjà disparu avant que la fumée ne retombe.

LA DOCTRINE DE L’EMBUSCADE : LA FURTIVITE
L’efficacité de ce système d’armes repose intégralement sur son empreinte visuelle et thermique microscopique.
Haut seulement de 1,7m, le VBL se cache parfaitement derrière un simple talus ou un buisson.

Son moteur de très faible cylindrée émet peu de chaleur, le rendant difficile à verrouiller pour les optiques thermiques.

C’est l’application tactique du tirer et déguerpir exécuté avec la nervosité d’une voiture de rallye.
Les patrouilles l’utilisent en meut, harcelant leurs colonnes logistiques et les flancs vulnérables de l’adversaire.
Là encore c’est ce qu’on compris le iraniens sur le Détroit d’Ormuz avec leurs vedettes rapides.
Ce harcèlement épuise psychologiquement les troupes ennemies incapable d’engager cette cible fuyante.
LA PREUVE PAR LE FEU : GUERRE DU GOLFE ET ONU
Les moqueries des alliés de l’OTAN cessent brutalement lors de conflits majeurs des années 90.
Pendant la guerre du Golfe en 1991, le VBL opère au cœur du dispositif français en plein désert.

Sa légèreté lui permet de ne jamais s’enliser dans le sable, contrairement au lourd char Abrahams de la coalition.
Plus tard, lors des opérations du maintien de la paix en ex-Yougoslavie, son gabarit urbain fait merveille. Il passe là où les immenses chars onusiens se retrouvent bloqués, navigant dans des villages aux rues étroites.

Sa silhouette moins agressive permet un contact plus facile avec les civils, tout en gardant une capacité létale.
LE REVE LOGISTIQUE : LA PROJECTION DE FORCE
Le succès international de l’engin s’explique également par sa capacité de projection stratégique hors norme.
Un avion de transport tactique C130 peut en embarquer trois simultanément dans sa soute.

Un hélicoptère lourd de transport tactique peut l’élinguer et le déposer directement sur une zone de combat isolée.

Pour un Etat-major, c’est la garantie de pouvoir de déployer une force blindée en quelques heures partout dans le monde.
Cette flexibilité logistique brute a séduit plus de 16 armées nationales du Koweït jusqu’au Mexique.
Le VBL démontre mathématiquement que la logistique et le poids de projection gagnent souvent les guerres.
LES LIMITES DU CONCEPT : LES ENGINS EXPLOSIFS
Cependant, les guerres asymétriques des années 2000 en Afghanistan et au Mali, ont révélé ses failles.
Conçu originellement pour le combat conventionnel, contrairement à celui en V de l’EBR conçu par Louis Delagarde, le fond plat du VBL s’est évéré vulnérable aux IED, ces mines artisanales enfouies ont démontré les limites mortelles d’un blindage conçu à l’époque de la guerre froide.

De plus l’ajout progressif d’équipements de communication moderne et de brouilleurs a alourdi l’engin.
Le véhicule a perdu sa vélocité originelle, forçant les ingénieurs à repenser totalement sa chaine de motorisation.
Une simple mise à jour logicielle ne suffisait plus. Il fallait une refonte mécanique pour sauver la plate-forme.

LE GENERATION ULTIMA : LE SURSAUT TECHNOLOGIQUE
Pour prolonger la vie opérationnelle du parc existant, la France a lancé le programme de modernisation VBL, Ultima.

Le vieux bloc moteur est remplacé par un nouveau diésel suralimenté de 130 cv pour compenser le surpoids.

Les suspensions sont lourdement renforcées et le système de freinage adopte la technologie ABS d’urgence.
L’engin reçoit un reblindage sous caisse pour résister aux mines.

Mais ce compromis de survie a un prix tactique.
Handicapé par l’augmentation drastique de son poids qui dépasse désormais la barre critique des 5 tonnes, la fameuse hélice a été supprimée.
L’engin Ultima a officiellement perdu sa légendaire capacité de franchissement amphibie.

LE PARADOXE DE L’ARMEMENT MODERNE
L’évolution du VBL, illustre le paradoxe tragique de l’ingénierie militaire contemporaine occidentale.
Pour assurer la survie face à de nouvelles menaces explosives, chaque génération de matériel s’alourdit inévitablement.
Ce qui était à l’origine un quadricycle ultra véloce, devient progressivement un petit camion tactique blindé.
L’arme originelle perd ainsi peu à peu ce qui faisait son avantage stratégique fondamental, l’hyper agilité.
Les ingénieurs doivent constamment trouver un équilibre mathématique entre la protection cinétique et la masse absolue.
Cet équilibre est devenu impossible à maintenir sur la plateforme Panhard arrivé aujourd’hui en fin de cycle de vie.
LE FUTUR DE LA RECONNAISSANCE : LE PROGRAMME VBAE
Face à cette obsolescence inévitable, le ministère des armées française, prépare le successeur de ce véhicule historique.
Le programme VBAE pour Véhicule Blindé d’Aide à l’Engagement, prendra la relève à l’horizon 2030.

Il intégrera nativement la bulle de guerre électronique Scorpion pour communiquer avec toute la nouvelle génération de blindés.
Ce futur engin devra résoudre la quadrature du cercle : résister aux mines modernes, tout en gardant une géométrie furtive.

Le VBL terminera sa carrière avec les honneurs après avoir participé à tous les engagements majeurs de la France.
Il restera l’engin qui a prouvé qu’une mécanique civile agile pouvait harceler les colosses de métal sur le champ de bataille.
La trajectoire opérationnelle du VBL prouve froidement que le furtivité vaut parfois mieux qu’un mètre d’acier composite.
Merci une fois encore à Panhard et à ses ingénieurs…
Charly RAMPAL pour le montage et la traduction – Merci aux Photos et informations de l’Ordonnance Archive