UN DERRICK EN PLEIN PARIS
IL Y A 70 ANS…

L’HISTOIRE SE REPETE
Comme aujourd’hui avec la guerre en Iran et le contrôle de détroit d’Ormuz sur le passage des pétroliers partant des pays arabe du Golfe, on a vécu en 1956/1957 une crise du pétrole déclenchée le 26 juillet 1956.
En effet, le président égyptien Gamal Abdel Nasser nationalise le canal de Suez, alors contrôlé par des investisseurs britanniques et français, afin de financer le barrage d’Assouan et affirmer l’indépendance égyptienne
Cette décision menace les intérêts économiques et stratégiques.
Les nations européennes outre les intérêts politiques, voient leur domaine économiques et commerciaux impactés (il était principalement utilisé pour le transport de pétrole) dans le canal de Suez.
À la suite du blocage du canal de Suez par les Égyptiens et de la coupure de l’oléoduc de l’Iraq Pétroléum Compagny, l’essentiel de l’approvisionnement en pétrole de l’Europe est coupé .
La France n’est plus ravitaillée en carburant et met en place le 29 novembre un système de rationnement.
La crise de Suez prive le pays de 90 % de ses approvisionnements énergétiques, vide les stocks et contraint à importer à prix fort des produits raffinés, le prix moyen des importations grimpant de 50 % en 1956..
Ces restrictions se termineront en juillet 1957.
RAPPEL GEOPOLITIQUE
Avec l’arrivée au pouvoir en Egypte du Président Nasser : les événements vont se précipiter.
Le nouvel homme fort négocie pour que les Britanniques quittent la zone de Suez, ce qu’ils font en juin 1956.
Nasser, dès le 26 juillet, nationalise le canal, espérant forcer les Occiden-taux à reprendre les négociations pour le financement du barrage d’Assouan, interrompues depuis que l’Égypte reçoit des armes soviétiques.
Les Anglais et les Français sont furieux ; le 30 octobre, prenant pour prétexte une attaque d’Israël sur l’Égypte et la nécessité de libérer le canal des troupes belligérantes, les deux puissances bombardent les ports et les aéroports égyptiens, et se préparent à occuper la zone.
La tension est à son comble, l’URSS menace.
Finalement, sous la pression, les troupes franco-britanniques laissent place fin novembre aux unités de paix de l’ONU.
Conséquence immédiate du conflit : une pénurie de carburant due aux destructions de pipelines, au refus des États arabes d’approvisionner les pays agresseurs et au bilan catastrophique des combats autour du canal, obstrué par les épaves de quarante-six navires.
La France a tardé à signer des accords énergétiques avec l’Amérique. et en particulier le Venezuela ; comme il n’y a pas de stocks et que, faute d’in-vestissements suffisants, on ne peut rien attendre dans l’immédiat d’Hassi-Messaoud où le pétrole vient de jaillir, l’essence subit à partir du 17 novembre un rationnement aussi strict dans ses principes qu’anarchique dans son application. Avant toute chose. on doit présenter aux autorités sa vignette fiscale, invention de l’été 1956 dont des générations d’usagers devraient remercier Paul Ramadier cette formalité accomplie, les automobilistes peuvent, contre tickets de rationnement, espérer toucher leurs 20 litres d’essence mensuels si la puissance fiscale de leur voiture est inférieure à 5 CV, 30 litres à partir de 5 CV.

Par ailleurs, pour éviter de pénaliser l’industrie automobile, on octroie a l’acheteur d’une voiture neuve une attribution double de l’attribution de base
Durant trois mois, la France va rester paralysée, les conditions d’un retour à la normale n’étant réunies qu’à la mi-mars lorsque l’Arabie Saoudite autorise de nouveau les pétroliers battant pavillons français et anglais à charger du pétrole.
Encore le gouvernement attend-il la fin juin pour libérer totalement l’essence.
AVANTAGE DYNA Z
La Dyna est fort bien placée pour tirer son épingle de ce petit jeu peu réjouissant.
Ses 5 CV lui valent une attribution de 30 litres, et sa consommation de 6 litres aux cent permet à son propriétaire de parcourir près de 500 km, et même davantage s’il roule avec le modèle Luxe ou s’il fait poser sur son carburateur une butée d’économie rendant impossible l’ouverture totale du papillon — les Dyna neuves en sont d’ailleurs systématiquement nanties à l’époque.
Après essai, jean Bernardet, du journal L’Équipe, conclut philosophiquement : « Avec cette transformation, nous avons perdu la Dyna et trouvé un instrument de travail à grandes possibilités et extrêmement sobre.
Que demander de mieux en ce moment ? »
CONSEQUENCES BENEFIQUES POUR PANHARD
En la circonstance, la Panhard est même sans doute le véhicule le plus intéressant du marché : son propriétaire ira plus loin que celui qui roule en 4 CV Renault ou en 2 CV Citroën (pour cette dernière, les 20 litres attribués permettent une autonomie maximale de 400 km), plus loin aussi que l’utilisateur des 7 CV concurrentes.
Malheureusement, les délais de livraison étant de deux à trois mois, le pire de la crise sera passé lorsque le client prévoyant touchera son chameau sur roues…
Pourtant, l’effet sur les ventes est immédiat 14.374 Dyna sont vendues entre décembre 1956 et fin avril 1957, contre 10.202 entre décembre 1955 et fin avril 1956, ce qui correspond, pour la période de référence, à une augmentation de 40,89 % !
À ses débuts, en effet la Dyna était saluée comme une voiture « logique ». qui optimisait sa consommation de carburant, plutôt que comme un modèle véritablement économique.
UN DERRICK EN PLEIN PARIS
C’est à la suite de la commande de 1.700 taxis Dyna pour remplacer les célèbres G7 parisiens d’avant-guerre au cours des années 1956 et 1957, que Panhard eu cette idée principale pour argumenter la faible consommation de la Dyna Luxe de base dont le petit moteur alimenté par un carburateur Solex spécial permet de sensibles économies d’essence.
Au terme d’un rapide calcul, Panhard affirme que ces 1.700 taxis circulant dans la capitale réalisent chaque année une économie de 1.900.000 litres d’essence.
D’où l’idée de cette publicité, confiée en 1957 à Alex Kow, qui montre des taxis Dyna (peints en rouge et noir, aux couleurs de la compagnie G7) circulant à la Concorde autour de l’obélisque… transformé en derrick ! Un rappel historique que nous avions mis en valeur lors du Rétromobile 2010 en exposant ce fameux taxi G7 devant cette inoubliable et grandiose publicité…

D’autres publicités sur ce même thème d’économie allaient s’afficher dans les concessions et sur la lunette arrière des Dyna Z.


Charly RAMPAL et Bernard VERMEYLEN